Lichen sur un arbre : 3 vérifications avant de brosser le tronc

Sur une écorce de pommier, de chêne ou d’arbuste, le lichen inquiète souvent à tort. Avant de sortir la brosse, vérifiez l’état général de l’arbre et la nature de ce qui est fixé à l’écorce.

Lichen et arbre, un duo qui ne casse pas de branche

a close up of the bark of a tree
Photo de Bryan White sur Unsplash.

Le tronc n’est pas un buffet

Un lichen n’est ni une mousse ni une plante. Il associe un champignon, appelé mycobionte, à un organisme capable de photosynthèse, une algue verte ou une cyanobactérie appelée photobionte. Le champignon forme la structure du lichen et contribue à capter l’eau et les sels minéraux. Le photobionte produit des sucres grâce à la lumière. L’écorce fournit donc un support, pas un garde-manger.

Cette différence change le diagnostic. Un lichen fixé sur un tronc ne prélève pas la sève et ne s’attaque pas directement au bois vivant comme pourrait le faire un agent pathogène. Sa présence est souvent plus visible sur une écorce âgée et rugueuse, dans une zone humide ou peu éclairée. On a toutes et tous déjà accusé le mauvais suspect au jardin : ici, le dossier est souvent classé sans suite.

Le lichen peut accompagner un arbre âgé pendant des années sans dommage observable. Les signes qui méritent l’attention sont plutôt une perte marquée de feuilles, des branches mortesune écorce qui se décolle, une plaie qui s’étend ou une cavité importante. Le lichen seul ne permet pas de conclure que l’arbre est en danger.

Brosse ou laisse, le tronc choisit son camp

A woman in an apron and hat tending to flowers
Photo de Amie Roussel sur Unsplash.

Le bon réflexe tient en une question : veut-on traiter un problème sanitaire ou corriger un aspect esthétique? Si l’inquiétude repose uniquement sur la couleur ou l’abondance du lichen, mieux vaut le laisser en place. S’il gêne l’observation de l’écorce ou déplaît sur un tronc d’ornement, un retrait mécanique très doux reste possible. Cette distinction évite déjà une sacrée galère.

Trois coups d’oeil, zéro décapage

  1. Regardez l’arbre dans son ensemble. Examinez le feuillage, les rameaux, le collet et les blessures avant de toucher à l’écorce. Un lichen uniforme sur une branche saine n’a pas la même signification qu’une écorce qui se soulève avec un dépérissement général.
  2. Identifiez la surface avant d’agir. Les lichens peuvent former une croûte, des lobes foliacés ou des filaments. D’autres organismes présents sur l’écorce peuvent leur ressembler. Dans le doute, ne grattez pas pour vérifier : l’écorce n’est pas une étiquette à décoller.
  3. Utilisez une brosse souple si le retrait reste esthétique. Une brosse à chiendent ou une autre brosse à poils non métalliques permet de travailler par petites zones. N’utilisez ni lame ni brosse métallique et n’arrachez pas les plaques d’écorce.

Sur une écorce fine, fissurée ou déjà blessée, le risque vient du geste, pas du lichen. Un grattage énergique peut créer une porte d’entrée pour des agents pathogènes et laisser une plaie plus gênante que la colonie retirée. Si l’arbre va bien, le laisser tranquille est souvent le choix le moins brutal.

La recolonisation reste possible, puisque les conditions qui favorisent le lichen n’ont pas disparu après quelques coups de brosse. Retirer la couche visible ne transforme pas durablement le microclimat de l’écorce. Autrement dit, le tronc n’a pas demandé une séance de décapage intégral.

Air pur, air de famille, le raccourci tousse

a close up of a tree branch with moss growing on it
Photo de Paweł Łęgowski sur Unsplash.

Un indice, pas un verdict

Les lichens peuvent servir d’indicateurs de la qualité de l’air parce que certaines espèces réagissent aux polluants. Cela ne signifie pas qu’un seul lichen sur un arbre mesure la pollution de votre rue. L’espèce, la fréquence d’apparition, la surface colonisée, la lumière et l’humidité modifient le résultat.

Yatawara et Dayananda ont publié une étude le 22 février 2019 dans Environmental Monitoring and Assessment. Leur protocole portait sur neuf sites ruraux et urbains du Sri Lanka, 162 manguiers et cocotiers, ainsi que des relevés effectués sur des grilles de 400 cm2. Les chercheurs ont comparé la diversité et la fréquence des lichens à des mesures de dioxyde de soufre, SO2, et de dioxyde d’azote, NO2. Leur indice de pureté atmosphérique présentait une corrélation négative avec les concentrations de ces deux polluants. Le genre Pyxine apparaissait dans presque tous les sites urbains et semblait tolérer ces conditions.

Ce résultat concerne un protocole précis et un contexte tropical. Il ne permet pas de classer l’air d’un jardin français en observant rapidement une branche. Pour utiliser les lichens comme bioindicateurs, il faut identifier les espèces, répéter les relevés et les comparer à des mesures atmosphériques. Le lichen donne une piste écologique, pas un bulletin de qualité de l’air imprimé sur l’écorce.

Le microclimat fait sa loi, écorce comprise

brown and green tree trunk
Photo de Maksym Tymchyk 🇺🇦 sur Unsplash.

La répartition des lichens dépend de ce qui se passe à quelques centimètres du tronc. Medina, Lücking et Rojas ont étudié en Colombie cinq espèces d’arbres, avec cinq individus par espèce, dans une forêt prémontagnarde. Leur publication, parue le 1er juin 2012 dans Revista de Biologia Tropicalrecense 69 taxons : 37 identifiés jusqu’à l’espèce, 18 jusqu’au genre et 14 non déterminés.

Les chercheurs ont relevé les lichens dans une zone de 0,50 x 0,20 m située à 1,3 m de hauteur. La lumière, la température et le diamètre du tronc expliquaient une partie des regroupements. Seuls trois lichens montraient une préférence pour certaines espèces d’arbres. Dans cette étude, le microclimat et les caractéristiques de l’écorce comptaient donc davantage que l’identité de l’arbre.

Une autre publication, signée Lakatos, Rascher et Büdel et parue en 2006 dans The New Phytologistdécrit des lichens à algue verte vivant sur les troncs du sous-bois d’une forêt tropicale de basse altitude en Guyane française. Les structures superficielles du thalle limitaient la saturation en eau, la photosynthèse était adaptée à la faible lumière et elle se réactivait rapidement quand l’éclairement variait. Ce résultat porte sur un milieu tropical précis, pas sur un pommier en climat tempéré, mais il rappelle une règle utile : le lichen répond d’abord à son microclimat. La haie qui coupe le vent, l’ombre et l’humidité peuvent suffire à modifier sa répartition.

Le lichen au labo, le purin au placard

a bunch of yellow flowers that are on a rock
Photo de David Clode sur Unsplash.

Les propriétés chimiques des lichens alimentent parfois des recettes de pulvérisation maison. Il faut garder la blouse de laboratoire là où elle est. L’étude publiée dans AMB Express en 2021 a testé des extraits au méthanol, à l’éthanol et à l’acétone, ainsi que des infusions aqueuses, préparés à partir de huit espèces corticoles récoltées en Arménie.

Les extraits organiques testés ont montré une activité contre plusieurs bactéries à Gram positif. Les infusions aqueuses n’ont pas présenté d’activité antibactérienne ou antifongique significative dans les conditions de l’étude. L’extrait méthanolique de Ramalina sinensis affichait une concentration minimale inhibitrice comprise entre 0,9 et 1,8 mg par ml selon la souche testée. L’extrait de Parmelia sulcata atteignait 71 % d’activité de piégeage d’un radical dans le test antioxydant utilisé.

Ces chiffres appartiennent à des essais en laboratoire, avec des solvants, des concentrations et des microorganismes définis. Ils ne valident ni une infusion à boire, ni un traitement du verger, ni une récolte sauvage destinée au compost. Un résultat antimicrobien sur un extrait contrôlé ne transforme pas le lichen du pommier en produit phytosanitaire. On ne pulvérise donc pas un mélange improvisé sur les arbres : le protocole de laboratoire ne se transpose pas entre deux recettes de purin d’ortie.

Le diagnostic avant le grand ménage

a person touching a tree trunk
Photo de Polina Petrishyna sur Unsplash.

Si le lichen est le seul élément inhabituel et que l’arbre produit normalement ses feuilles, ses fleurs ou ses fruitsaucune intervention sanitaire ne s’impose. Sur un arbre fruitier, surveillez séparément le feuillage, les rameaux et la récolte. Sur un arbre d’ornement, observez la vigueur des pousses et l’état des branches. Le lichen ne doit pas devenir un paravent qui ferait oublier un problème de sol, d’arrosage ou de taille.

Si plusieurs signes de dépérissement apparaissent, demandez un diagnostic arboricole plutôt que de multiplier les brossages. Un professionnel pourra examiner la structure, les blessures et les champignons présents sur le bois. Dans l’intervalle, abstenez-vous de gratter profondément l’écorce ou d’appliquer un produit improvisé.

La nature reprend ses droits, mais elle ne signe pas toujours le procès-verbal de nos inquiétudes. Alors, brosse en main ou pause café devant le tronc?

Sources et références scientifiques
  1. Antimicrobial and antioxidant potentials of non-cytotoxic extracts of corticolous lichens sampled in Armenia – PMC. AMB Express. DOI: 10.1186/s13568-021-01271-z · PMID: 34324070.
  2. Andreev MP, Bredkina LI, Golubkova NS, Dobrysh AA, Kotlov YuV, Makarova II, Urbanavichene IN, Urbanavichus GP (2008) Handbook of the lichens of Russia 10. Agyriaceae, Anamylopsoraceae, Aphanopsidaceae, Arthrorhaphidaceae, Brigantiaeaceae, Chrysotrichaceae, Clavariaceae, Ectolechiaceae, Gomphillaceae, Gypsoplacaceae, Lecanoraceae, Lecideaceae, Mycoblastaceae, Phlyctidaceae, Physciaceae, Pilocarpaceae, Psoraceae, Ramalinaceae, Stereocaulaceae, Vezdaeaceae, Tricholomataceae. Nauka, St. Petersburg.
  3. Aoussar N, Achmit M, Es-sadeqy Y. Phytochemical constituents, antioxidant and antistaphylococcal activities of Evernia prunastriemclose (L.) Achemopen Pseudevernia furfuraceaemclose (L.) Zopf. and Ramalina farinaceaemclose (L.) Ach. from Morocco. Arch Microbiol. 2021 doi: 10.1007/s00203-021-02288-5. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1007/s00203-021-02288-5.
  4. Ari F, Ulukaya E, Oran S, Celikler S, Ozturk S, Ozel MZ. Promising anticancer activity of a lichen, Parmelia sulcata Taylor, against breast cancer cell lines and genotoxic effect on human lymphocytes. Cytotechnology. 2015;67(3):531-543. doi: 10.1007/s10616-014-9713-4. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1007/s10616-014-9713-4.
  5. Aschenbrenner IA, Cernava T, Berg G, Grube M. Understanding Microbial Multi-Species Symbioses. Front Microbiol. 2016;7:180. doi: 10.3389/fmicb.2016.00180. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.3389/fmicb.2016.00180.
  6. Azmir J, Zaidul ISM, Rahman MM, Sharif KM, Mohamed A, Sahena F, Omar AKM. Techniques for extraction of bioactive compounds from plant materials: a review. J Food Eng. 2013;117(4):426-436. doi: 10.1016/j.jfoodeng.2013.01.014. [DOI] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.jfoodeng.2013.01.014.
  7. Bates ST, Cropsey GWG, Caporaso JG, Knight R, Fierer N. Bacterial communities associated with the lichen symbiosis. Appl Environ Microbiol. 2011;77:1309-1314. doi: 10.1128/AEM.02257-10. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1128/AEM.02257-10.
  8. Bhattarai HD, Lee JS, Paudel B, Yim JH, Hong SG. Antioxidant activity of polar lichens from King George Island (Antarctica) Polar Biol. 2008;31:605-608. doi: 10.1007/s00300-007-0394-8. [DOI] [Google Scholar]. doi:10.1007/s00300-007-0394-8.
  9. Boustie J, Grube M. Lichens, a promising source of bioactive secondary metabolites. Plant Genet Res. 2005;3(2):273-287. doi: 10.1079/PGR200572. [DOI] [Google Scholar]. doi:10.1079/PGR200572.
  10. Brisdelli F, Perilli M, Sellitri D, Piovano M, Garbarino JA, Nicoletti M, Celenza G. Cytotoxic activity and antioxidant capacity of purified lichen metabolites: an in vitro study. Phytother Res. 2013;27:431-437. doi: 10.1002/ptr.4739. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1002/ptr.4739.
  11. Calcott MJ, Ackerley DF, Knight A, Keyzers RA, Owen JG. Secondary metabolism in the lichen symbiosis. Chem Soc Rev. 2018;47(5):1730-1760. doi: 10.1039/c7cs00431a. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1039/c7cs00431a.
  12. Crawford SD. Lichens used in traditional medicine. In: Ranković B, editor. Lichen secondary metabolites: bioactive properties and pharmaceutical potential. Heidelberg: Springer; 2015. pp. 27-80. [Google Scholar].
  13. Ellis CJ. Lichen epiphyte diversity: a species, community and trait-based review. Perspect Plant Ecol Evol Syst. 2012;14(2):131-152. doi: 10.1016/j.ppees.2011.10.001. [DOI] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.ppees.2011.10.001.
  14. Lakatos M, Rascher U, Büdel B.. Functional characteristics of corticolous lichens in the understory of a tropical lowland rain forest.. The New phytologist. 2006. DOI: 10.1111/j.1469-8137.2006.01871.x · PMID: 17096794. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
  15. Yatawara M, Dayananda N.. Use of corticolous lichens for the assessment of ambient air quality along rural-urban ecosystems of tropics: a study in Sri Lanka.. Environmental monitoring and assessment. 2019. DOI: 10.1007/s10661-019-7334-2 · PMID: 30796607. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
  16. Medina ES, Lücking R, Rojas AB.. [Phorophyte specificity and microenvironmental preferences of corticolous lichens in five phorophyte species from premontane forest of Finca Zíngara, Cali, Colombia)].. Revista de biologia tropical. 2012. DOI: 10.15517/rbt.v60i2.4017 · PMID: 23894950. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
  17. Bruno Nunez. Le lichen est-il dangereux pour les arbres?. 2019.
  18. Mª Belén Acosta. Qu’est-ce que le lichen?. 2022.
ERIC
ERIC
Eric est jardinier passionné depuis 22 ans. Il partage régulièrement ses conseils et astuces de jardinage sur son blog "Jardin-Bio", pour aider les débutants comme les jardiniers confirmés à entretenir et faire évoluer leur jardin.

Read More

Related Articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici