Sucrine, la petite salade croquante qui fait de l’ombre aux jeunes pousses

Elle fait de l’ombre aux jeunes pousses industrielles sans même essayer. La Sucrine, cette petite laitue à la pomme dense et au croquant qui claque sous la dent, mérite mieux que le plastique du supermarché. On vous dit tout pour en avoir au jardin, du semis à l’assiette, en passant par les copains qui lui veulent du bien.

Avril sonne le départ. C’est le moment où les températures remontent et où cette petite frileuse peut enfin sortir de sa terrine. Car oui, la Sucrine a un tempérament : elle craint le froid plus que ses cousines les batavias et les feuilles de chêne. Pas question de la mettre en terre tant que les nuits restent fraîches. Attendez que le thermomètre s’affirme, et elle vous le rendra en pommes denses à souhait, les semis de printemps donnent toujours des cœurs plus compacts que ceux de la fin d’été.

Semer la Sucrine : un geste simple, un résultat qui déchire

Semer la Sucrine : un geste simple, un résultat qui déchire

Rien de plus straightforward. Prenez une terrine de 30 centimètres de côté, remplissez-la d’un terreau de semis (le commerce ou un mélange maison : terreau standard + 25 % de sable fin), et saupoudrez une vingtaine de graines à la surface. Recouvrez d’un demi-centimètre de terreau tamisé, arrosez par trempage, jamais par le dessus, les graines n’aiment pas être dérangées, et installez à l’abri du soleil direct. Une semaine plus tard, les premières plantules pointent le bout de leur cotylédon.

Quand vos plants arborent leur cinquième vraie feuille, il est temps de les séparer. Repiquez en pleine terre, à 30 centimètres d’écart dans tous les sens. Alternative tout aussi valable : semer en alvéoles ou petits pots de 6 centimètres, deux ou trois graines par alvéole, et ne garder que le plus costaud après la levée. Ça évite le stress du repiquage et ça marche du tonnerre.

La période de semis ? Large. D’avril à septembre en plein air, de fin février à mi-septembre sous abri. De quoi occuper le jardinier de Rédaction depuis le premier radoucisseur jusqu’aux derniers rayons généreux de septembre. Si vous voulez optimiser votre calendrier, jetez un œil à notre article sur les semis qui ne poussent pas, les erreurs les plus classiques y sont disséquées.

Cueillette : le cœur qui ne ment pas

Cueillette : le cœur qui ne ment pas

Comment savoir si votre Sucrine est prête à rejoindre l’assiette ? Il va falloir lui tâter le cœur. Pas de manière déplacée, on parle de jardinage. Prenez la pomme entre deux doigts : si elle est ferme et dense, c’est bon. Si elle s’affaisse comme un soufflé raté, laissez-la encore une semaine. Le test du creux est infaillible, les feuilles du cœur doivent résister quand on les presse.

Attention au coup de chaud : au-dessus de 28 °C, la Sucrine monte en graine à une vitesse folle. Dès que vous voyez la hampe florale pointer, récoltez sans attendre. Même pas mûre, elle sera toujours meilleure que montée en fleur.

Soins et compagnie : qui fréquente la Sucrine ?

Soins et compagnie : qui fréquente la Sucrine ?

La Sucrine n’a qu’un vrai ennemi, et il bave. Les limaces la trouvent irrésistible, et il faut avouer qu’on les comprend. Entourez vos rangs d’un cordon de cendre de bois, ou déployez l’arsenal anti-gastéropodes classique : pièges à bière, coquilles d’œuf pilées, ou le célèbre auxiliaire qu’est le canard coureur indien (si, si, ça marche).

Côté maladies, le brémia guette dans les sols mal drainés. Un terrain trop humide, et vos plants pourrissent du collet. Solution : un bon drainage, un paillage léger, et une rotation des cultures bien pensée. Ne remettez pas de laitues au même endroit avant trois ans minimum, la terre vous remerciera.

Côté compagnonnage, la Sucrine est une sociale qui aime être entourée. Ses meilleurs potes au potager ? Les oignons verts, la ciboulette, le persil, les haricots nains (pas les grimpants, ils lui feraient trop d’ombre), les navets. Carottes et betteraves sont aussi d’excellents voisins. Ce qu’elle fuit en revanche : les autres laitues et les chicorées, trop proches botaniquement, elles partagent les mêmes ennemis et les mêmes carences.

Variétés : la Sucrine ne voyage pas seule

Variétés : la Sucrine ne voyage pas seule

Le nom ‘Sucrine’ cache en réalité plusieurs visages. La variété classique, à la pomme conique et au feuillage finement plissé, est la plus répandue. Mais il existe une forme plus traditionnelle, la ‘Craquante d’Avignon’ (ou ‘Craquerelle du Midi’), aux feuilles moins plissées, à la couleur légèrement différente, mais avec les mêmes qualités gustatives, le même croquant, la même absence d’amertume.

Et pour les aventuriers du potager, il y a ‘Volcano’, une variété pourpre qui cumule tous les atouts de la Sucrine classique avec en prime une couleur rouge foncé qui déchire dans l’assiette. Visuellement, c’est un monstre : une pomme dense, violacée, qui tranche avec le vert des salades classiques. De quoi épater les convives sans effort.

Côté sol, la Sucrine n’est pas une diva : un terrain bien drainé, gorgé d’humus et régulièrement enrichi en compost mûr lui suffit. Elle apprécie un paillage pour garder le sol frais en été, les arrosages doivent être réguliers mais pas excessifs. Un sol trop sec et elle monte ; trop humide et elle pourrit. L’équilibre, comme souvent au jardin. D’ailleurs, si vous voulez produire votre propre or noir, notre guide du compost maison est une mine d’or pour nourrir vos salades sans produit chimique.

À la dégustation, la Sucrine surprend par son absence totale d’amertume. Là où une roquette ou une chicorée vous rappellent à l’ordre avec leur mordant, la Sucrine est tout en douceur. Ses feuilles croquantes, sa pomme dense, sa texture presque charnue en font une candidate idéale pour les salades estivales, les sandwichs gourmets et même les wraps légers. Elle supporte aussi une cuisson express, une minute au wok avec un filet d’huile d’olive, et vous découvrez une dimension insoupçonnée de cette petite salade.

Alors la Sucrine, on s’y met ? Une terrine, un peu de terreau, un coin de potager, et dans deux mois vous vous demanderez comment vous avez fait pour acheter vos salades en barquette jusqu’ici. La paresse, sans doute. Mais au jardin, la paresse est surcotée, surtout quand le résultat tient dans une pomme croquante qui n’attend que votre fourchette.

Laurence Martin
Laurence Martinhttps://www.jardin-bio.net/
Fille de maraîcher, je prône le jardinage biologique sans pesticide. Bercée par le jardinage depuis ma tendre enfance, j'ai une grande connaissance dans l'agriculture biologique.

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