Entre terre et eau, il y a tout un monde. Un monde de plantes qui fixent les berges, épurent l’eau, attirent les libellules et transforment un simple bassin en petit écosystème autonome. Voici dix vedettes des rives qui ne demandent qu’à installer leurs racines chez vous.
On passe des heures à choisir ses nénuphars, ses lotus, ses plantes oxygénantes. On installe une pompe, on bichonne l’eau. Mais les berges ? Souvent, on les laisse en friche. Grave erreur. Les plantes de rive sont le trait d’union entre l’aquatique et le terrestre, cette zone floue où la biodiversité explose littéralement. Fixation des sols, épuration naturelle, garde-manger pour les insectes : sans elles, un bassin reste une simple mare décorative. Avec elles, il devient un refuge.
Petit précis de ripisylve, version jardin.
Souci d’eau, grand sourire jaune

Commençons par la plus lumineuse. Le Caltha palustris, qu’on appelle aussi populage des marais ou souci d’eau, est une vivace de la famille des Renonculacées qu’on trouve dans toute l’Europe tempérée. Au printemps, avant même que ses larges feuilles en forme de rein ne se déploient, il se couvre de gros boutons d’or jaune vif qui semblent flotter au-dessus de l’eau. Ses racines aiment un sol profond, gorgé d’humus, plutôt acide. Comptez 20 à 40 cm de haut, une exposition ensoleillée et un sol constamment humide, immersion jusqu’à -5 cm idéale, 20 cm max sur une courte période. La variété ‘Flore Pleno’ produit des pompons jaunes absolument ridicules au meilleur sens du terme.
Côté bonus : c’est une plante mellifère de premier ordre, un bon agent d’épuration, et elle se ressème toute seule. Autant dire qu’elle fait le boulot sans qu’on la surveille.
Le papyrus des jardiniers flemmards

Vous craquez pour les papyrus en jardinerie mais vous habitez une région où il gèle ? Le Cyperus longus (souchet long ou odorant) est votre alternative rustique. Cette vivace rhizomateuse au feuillage persistant forme des touffes légères de 60 cm à 1 m de haut, avec des tiges raides coiffées de deux-trois feuilles longues vert brillant. En fin d’été apparaissent des ombelles lâches d’épillets bruns, du plus bel effet graphique.
Besoins : soleil, abri des courants d’air (les tiges sont cassantes), sol détrempé ou immersion sous 10 à 20 cm d’eau. Plante oxygénante, bon fixateur de berge, et une touche d’exotisme qui fait son petit effet.
Le graphiste des berges

Avec ses airs de mini-bambou, Equisetum hyemale (la prêle d’hiver) donne une note architecturale aux rives. Son feuillage persistant en fait une valeur sûre douze mois sur douze. Les tiges, creuses et rugueuses, fixent la silice du sol. En été, des épis libèrent des spores : c’est normal, la prêle est une plante primitive qui n’a pas changé depuis l’ère des dinosaures. Plutôt classe, non ?
Elle forme des touffes compactes de 40 à 60 cm. Tolère aussi bien le soleil que l’ombre, l’humide comme l’immersion sous 5 à 10 cm d’eau. Pas capricieuse pour deux sous. Parfaite pour les petits bassins.
La tapissière qui vient de Patagonie

Gunnera magellanica (la rhubarbe de Magellan) n’a rien à voir avec la rhubarbe du Chili qui atteint des proportions monstrueuses. Ici, c’est une cousine naine et tapissante, 10 à 20 cm de haut, qui déploie des feuilles rondes vert brillant, crénelées, de 5 à 10 cm de diamètre. En été, des panicules de minuscules fleurs vert clair, suivies de fruits rouge orangé qui ajoutent une note décorative supplémentaire.
Sol frais à humide, mi-ombre ou ombre, et une rusticité autour de -10°C, prévoir une protection en climat rude. Un excellent couvre-sol pour les zones où le gazon ne pousse pas.
Le poivre qui sent l’été

Originaire d’Asie de l’Est, Houttuynia cordata (poivre de Chine) est une vivace basse semi-persistante (15 à 30 cm) qui s’étend à vitesse grand V grâce à des rhizomes costauds. Ses feuilles ovales en forme de coeur dégagent un parfum d’agrumes quand on les froisse. Vert glauque chez le type, bordées de rouge, virevoltantes chez la variété ‘Chameleon’ qui panache le jaune et le vert pâle.
Fleurs au printemps : vert-jaune entourées de 4 à 6 bractées blanc pur. Soleil ou mi-ombre, sol humide ou carrément immergé sous 5 à 10 cm d’eau. En climat froid, planter dans un panier ajouré qu’on hiverne à l’abri. Supporte la sécheresse estivale une fois installé. Prévu pour envahir, dans le bon sens du terme.
L’iris qui fait du volume

Iris pseudoacorus, l’iris des marais, est une espèce indigène protégée qu’on trouve naturellement sur les rives des lacs et ruisseaux européens. Vigoureux ne suffit pas à le décrire : ses feuilles en glaive montent à 1,5 voire 2 m de haut, formant des touffes massives. En fin de printemps, chaque tige ramifiée porte 4 à 10 fleurs jaune d’or, 10 cm de diamètre, marquées de brun, qui durent 2 à 3 semaines.
Soleil indispensable pour une floraison généreuse. Sol humide ou immergé jusqu’à 30 cm. Il fixe les berges par ses rhizomes traçants, supporte l’eau courante, et sa variété ‘Variegata’ offre un feuillage panaché de blanc. Un must pour qui veut un effet monumental sans effort.
La menthe qui ne se noie pas

Mentha aquatica, la menthe aquatique, est la seule menthe qui supporte d’avoir les pieds dans l’eau en permanence. Rampante, traçante, elle colonise les berges à une vitesse qui ferait pâlir la menthe verte du jardin. Ses feuilles ovales vert foncé sont aromatiques, ça sent bon, ça parfume les doigts quand on taille. En été, des petits bouquets ronds rose lilas apparaissent au bout des tiges.
Mi-ombre ou ombre, sol humide ou immergé sous 10 cm d’eau. Mellifère, oxygénante, fixatrice de berges et couvre-sol parfait pour camoufler un liner disgracieux. Elle coche toutes les cases, la coquine.
La feuille de 80 cm qui cache la misère

Vous voulez du spectaculaire ? Petasites japonicus, le pétasite du Japon, c’est du XXL. Ses feuilles arrondies atteignent 60 à 80 cm de diamètre, portées par de longs pétioles. La plante culmine à 1 m. Avant que les feuilles n’apparaissent, en fin d’hiver, elle fleurit au ras du sol en bouquets verdâtres entourés d’une collerette de bractées, un nectar salvateur pour les butineurs à une période où les fleurs se comptent sur les doigts d’une main.
Mi-ombre ou ombre, sol humide toute l’année, fertile et profond. Très rustique malgré l’aspect exotique. Tellement vigoureux qu’il peut devenir envahissant, mais sur une berge, c’est exactement ce qu’on veut.
Le bouton d’or qui monte de Chine
Trollius chinensis, cousin de notre trolle d’Europe, pousse naturellement dans les prairies fraîches du nord de la Chine. Une vivace touffue de taille moyenne (40 à 60 cm) au feuillage finement divisé vert vif. Ses fleurs, jaune vif à orangé, 4 à 5 cm de diamètre, apparaissent au printemps et tiennent longtemps si on supprime les fleurs fanées. Portées par des tiges velues, le genre de détail qui fait les articles soignés.
Plein soleil, sol lourd, fertile, profond, humide surtout en été (sinon gare à l’oïdium). Mellifère. Supporte un peu de sécheresse une fois installé.
La mini-massette qui se la joue déco
Terminons avec Typha minima, la massette naine. Là où sa grande soeur Typha latifolia monte à 2 m et colonise tout, cette version miniature culmine à 70 cm. Ses petits épis cylindriques brun foncé, nichés dans le feuillage, sont un régal pour les bouquets secs, à condition de les fixer avec de la laque, sinon ils libèrent leurs graines pelucheuses.
Soleil, plantation sous 5 à 10 cm d’eau. Très rustique, jamais malade, jamais parasité, fixateur de berge modèle. Ce qu’on appelle une plante sans histoires.
Planter tout ce petit monde : le mode d’emploi
Comptez 4 à 5 plants par m² de berge, un seul si les sujets sont déjà costauds. Privilégiez les espèces indigènes de votre région (populage, massette, menthe, salicaire) et plantez-les par 3 ou 5 minimum pour un effet colonie naturel. Ancrez les jeunes plants avec des pierres pour qu’ils ne finissent pas à la dérive. Vous pouvez aussi utiliser un tapis de coco maintenu par des cavaliers, incisé à chaque emplacement de plante.
Plantation du printemps à la fin de l’été. Taille et division en fin d’hiver. Et si vous voulez en savoir plus sur l’accueil des animaux au jardin ou sur les coulisses de la pollinisation, on a ce qu’il vous faut.
Un bassin sans plantes de berge, c’est un peu comme un burger sans frites. Ça se mange, mais ça manque clairement de quelque chose. Alors cet été, avant de vous prélasser au bord de l’eau, donnez-lui ses gardes du corps végétaux. Les grenouilles vous remercieront. Les libellules aussi. Et le bassin, lui, il vous le rendra au centuple.






