Le mildiou n’attend pas : protéger les tomates de serre avant la cata

En serre, le mildiou de la tomate peut faire des ravages en quelques jours si l’humidité, le manque d’aération et les écarts de température s’installent. Mieux vaut donc prévenir que courir après les taches brunes quand il est déjà trop tard.
La plupart des cultivateurs, en particulier ceux qui produisent leurs propres plants, prennent grand soin de leurs tomates et cherchent à obtenir un bon rendement sous serre. Mais on ne va pas se mentir : ce n’est pas toujours gagné. Au cours de la saison de croissance, les tomates peuvent tomber gravement malades, ce qui réduit fortement les récoltes.
L’une des maladies les plus redoutées et les plus répandues sur tomate sous serre est le mildiou (ou phytophthora). En quelques jours, il peut décimer les plants et leurs fruits.Là, on parle de sérieux pour le sol… et surtout pour le feuillage.
Quand le champignon sort ses griffes

Le phytophthora (Phytophthora infestans) est un agent pathogène qui attaque les plantes de la famille des Solanacées.Son nom signifie littéralement « détruire la plante ». Une fois installé, il perturbe totalement le développement du végétal et, si aucune mesure n’est prise, finit par faire chuter la production.
Les tomates sont parmi ses cibles favorites. Le champignon se développe particulièrement bien en cas d’humidité élevée, de basses températures, de fortes variations thermiques et d’un éclairage insuffisant dans la serre. À l’inverse, quand les températures montent franchement, sa progression ralentit et ses spores supportent mal la chaleur.
Si rien n’est fait pendant la saison, la serre suivante peut aussi être touchée : les spores survivent à l’hiver dans le sol. Le mildiou se propage vite aux autres plants de tomates, et parfois à d’autres cultures voisines. Dès qu’on observe des signes dans la serre, il faut agir immédiatement.
Petites taches,gros ennuis

La phytophthorose survient généralement dans la seconde moitié de l’été,quand le temps devient plus doux et que les pluies se font plus fréquentes. Les premiers signes sont discrets : de petites taches sombres apparaissent sur la face inférieure des feuilles.
Ensuite, ces taches s’étendent, brunissent, et les feuilles commencent à se flétrir puis à tomber. L’étape suivante, ce sont des taches noires sur les tiges. Enfin, le champignon atteint les fruits, souvent par le pédoncule : même une tomate qui semble saine extérieurement peut développer des taches brunes pendant le stockage.
Quand les feuilles noircissent, le chrono est déjà lancé.
Des tomates atteintes, mais mangeables ?

En théorie, les fruits touchés par le phytophthora peuvent être consommés, mais rares sont les personnes qui ont envie de croquer dans une tomate noircie ou abîmée. Si les dégâts sont avancés, mieux vaut écarter les fruits atteints.
Prévenir plutôt que panser les feuilles
La prévention du mildiou en serre passe par la conduite des tomates, mais aussi par le traitement préalable du matériel végétal, du sol et de la serre elle-même. C’est la recette de la flemme intelligente : un peu d’anticipation, beaucoup moins de dégâts derrière.
Un peu d’espace, beaucoup moins d’humidité
Quand on plante les tomates sous serre, on évite de les serrer trop fort. Utiliser un espacement classique, sans chercher à caser un maximum de plants, change tout. Le surpeuplement gêne la circulation de l’air et réduit la lumière : deux conditions idéales pour le phytophthora, qui adore l’ombre et l’humidité stagnante.
Moins de densité, plus d’air : la plante vous dira merci.
Arroser sans noyer la partie aérienne
Pendant la saison de croissance, l’arrosage doit rester modéré. Un sol gorgé d’eau favorise la maladie, alors qu’un paillage aide à limiter l’évaporation et à stabiliser l’humidité du sol. On arrose uniquement au pied, jamais sur le feuillage ni sur les parties aériennes.
Le contact de l’eau avec les feuilles favorise le développement du mildiou. Autrement dit : on garde l’humidité là où elle est utile, pas sur le feuillage. C’est le meilleur moyen de se planter… ou plutôt de ne pas se planter.
Tailler juste ce qu’il faut
Pour augmenter la lumière et la circulation de l’air,il faut palisser les tomates et tailler ponctuellement le feuillage du bas. Les variétés à croissance moyenne ou vigoureuse doivent aussi être soutenues par un treillis.
Le but n’est pas de déshabiller les plants, mais de leur éviter un feuillage trop compact. On cherche un équilibre : assez de feuilles pour nourrir la plante, assez d’air pour éviter les maladies.
Les graines aussi ont droit à leur garde-fou
Le phytophthora peut être présent dès le stade du semis,alors mieux vaut traiter les graines préventivement avec une solution de permanganate de potassium avant le semis. Si les graines viennent de plantes malades, elles peuvent encore servir, mais seulement après un traitement thermique de deux heures à 50 °C.
Il est aussi possible de pulvériser les plants achetés avec une solution fongicide à titre préventif, si l’on choisit cette voie. Ici, on surveille de près les dosages et les délais avant récolte.
Serre propre, serre moins malade
Au début du printemps – si ce travail n’a pas été fait à l’automne – il faut nettoyer la serre de tous les résidus végétaux, désinfecter les parois et le sol avec du sulfate de cuivre, de la bouillie bordelaise ou un autre produit à base de cuivre, puis mesurer l’acidité du sol.
Le phytophthora préfère les substrats riches en carbonate de calcium. Si les tomates de la saison précédente ont été infectées,il est recommandé de retirer les 5 à 15 cm superficiels de terre et de les remplacer par un substrat sain.
Une serre propre au printemps, c’est déjà la moitié du travail.
Le bon créneau pour traiter sans rater la fenêtre
Le phytophthora apparaît généralement vers le mois d’août, mais les plants doivent être inspectés régulièrement dès juillet, surtout si l’été est humide. Dès les premiers symptômes, il faut commencer les traitements adaptés.
À titre préventif, les pulvérisations peuvent être réalisées deux fois par semaine, à partir de deux semaines après la plantation définitive des tomates. En cas de mauvais temps, une fois par semaine peut suffire selon le produit utilisé.
Le traitement s’arrête en général trois semaines avant la récolte, mais le délai dépend de la composition de la solution employée.
La pulvérisation ne doit pas se faire en plein soleil : le contact de la solution avec les feuilles peut provoquer des brûlures. Mieux vaut choisir un temps nuageux ou intervenir le soir.
Remèdes maison : quand le placard passe au potager
Pour lutter contre le phytophthora, les jardiniers utilisent diverses solutions, que l’on peut classer en deux grandes catégories : les remèdes maison, à base d’ingrédients faciles à trouver, et les préparations chimiques. Les premiers sont plus doux, mais aussi moins efficaces que les seconds.
L’ail, version garde du corps
Broyez 200 g de gousses d’ail et laissez-les macérer pendant 24 heures dans un récipient d’eau. Filtrez ensuite l’infusion et versez-la dans un pulvérisateur. Pour renforcer l’efficacité, on peut ajouter un peu de permanganate de potassium ; pour améliorer l’adhérence sur les plantes, un peu de savon doux peut aussi aider.
L’ail n’arrête pas tout, mais il peut donner un vrai coup de pouce.
Sel et iode : prévention, pas miracle
La solution saline ou iodée sert surtout en prévention, pas en traitement curatif. Elle peut être utilisée dès les premiers symptômes, après avoir retiré toutes les feuilles atteintes.
Pour la solution saline, diluez une tasse de sel de table dans un gallon d’eau. Pour la solution iodée, ajoutez 10 ml d’iode à 5 % dans un gallon d’eau.
Lait, kéfir et sérum : la maison qui fait écran
Dans ces solutions, on utilise du lait écrémé, du kéfir ou du lactosérum comme ingrédient actif.On les dilue dans l’eau à raison de 1:10. Attention cependant : sur certaines plantes, une solution trop acide peut provoquer des lésions.
On peut améliorer l’efficacité en ajoutant quelques gouttes d’iode. Le mélange reste surtout un appui préventif, pas une baguette magique.
La cendre, pas le charbon
Pour préparer une infusion de cendre, ajoutez un demi-seau de cendre dans un seau d’eau, mélangez bien et laissez infuser trois jours. Pendant ce temps, remuez de temps en temps.Ensuite, diluez l’infusion avec de l’eau jusqu’à obtenir 30 litres de préparation. Ajoutez un peu de savon pour améliorer l’adhérence sur les surfaces traitées.
La cendre sèche peut aussi être utilisée contre le phytophthora. On peut y ajouter de la poudre de feuilles de tabac, à raison d’une tasse par seau de cendre, puis appliquer ce mélange sur les arbustes.
la cendre apporte un coup de pouce, mais elle ne remplace pas l’aération.
Les fongicides : quand le champignon ne lâche pas l’affaire
Les producteurs utilisent des préparations chimiques contre le phytophthora surtout pendant la phase de croissance active des plants de tomates. Il faut ensuite respecter les délais avant récolte, car certaines substances sont toxiques pour les fruits. Parmi ces produits, on peut citer Strobi, Quadris, Bravo et Thanos.
Les produits biologiquement actifs utilisables presque toute l’année sont aussi très répandus. On trouve notamment Phytosporin, Baikal et Bactophyt.
Tous les fongicides ne fonctionnent pas de la même façon. Les fongicides de contact créent une barrière sur la surface du plant, tandis que les fongicides systémiques pénètrent dans les tissus et circulent dans la sève. Il existe aussi des fongicides combinés, souvent plus efficaces.
Il faut alterner les traitements, car le champignon finit par développer une résistance. Les solutions fongicides doivent être utilisées le jour même de leur préparation ; on ne les conserve pas.
Un fongicide,oui. une routine répétée sans réflexion, non.
Les bons réflexes de serre, ceux qui changent la donne
En partant des conditions favorables au développement du phytophthora sur tomate en serre, on peut dégager plusieurs gestes utiles pour protéger les plants.
Comme les tomates aiment une irrigation modérée et un air plutôt sec, il faut créer ces conditions : pailler les pieds, ventiler régulièrement et ouvrir les portes et aérations de la structure. Si l’humidité relative monte trop, il faut la faire baisser par tous les moyens possibles.
La condensation est particulièrement dangereuse pour les tomates. L’arrosage au matin permet souvent d’éviter une humidité excessive la nuit, alors qu’un arrosage tardif suivi d’une mauvaise aération entretient le problème.
Dans une serre, l’air qui circule vaut de l’or.
Le choix de la variété compte aussi. Les hybrides récents sont souvent plus résistants au phytophthora,selon les spécialistes.On peut aussi privilégier des variétés précoces et tolérantes, qui auront moins de temps pour être touchées par la maladie.
Après chaque taille ou suppression de parties malades, il faut sortir les déchets de la serre et les détruire. Les feuilles et pousses atteintes ne doivent jamais partir au compost.
Il faut aussi surveiller l’azote dans le sol : un excès rend les tomates plus sensibles à la phytophthorose. Le régime nutritif doit rester équilibré, avec de la matière organique bien décomposée plutôt que de gros à-coups d’engrais.
Pour éviter que la maladie ne revienne d’une année sur l’autre, la rotation des cultures reste essentielle. On ne replante pas des tomates au même endroit chaque année. Les Solanacées – aubergines et poivrons compris – sont de mauvais précédents pour la tomate. en serre, on peut semer un engrais vert à l’automne pour remettre un peu d’ordre dans le sol.
Il vaut mieux prévenir le phytophthora que le subir après coup. Si l’on prend les devants et qu’on soigne les tomates en amont, elles ont bien plus de chances d’échapper à cette maladie qui se propage à toute vitesse. Et entre nous, une serre qui sent le mildiou, ce n’est pas franchement l’ambiance qu’on cherchait au départ.






