Tenthrèdes au jardin : 5 gestes au printemps, sans traiter à l’aveugle

Une feuille réduite à ses nervures, des larves alignées dessous et l’impression que le noisetier a été passé au papier de verre : les tenthrèdes savent se faire remarquer. Elles ressemblent aux chenilles, mais leur biologie impose un diagnostic différent, surtout en jardin bio.

Le premier réflexe consiste donc à regarder avant de pulvériser. Selon l’espèce, la larve peut grignoter les feuilles d’un noisetier, d’un rosier, d’un groseillier ou d’une brassicacée, provoquer une galle sur un saule ou poursuivre son cycle hors du feuillage. Une seule recette pour toutes les tenthrèdes? Ça sonne creux, ce conseil de jardinerie.

Les tenthrèdes sont des hyménoptères, comme les abeilles, les fourmis et les guêpes. Un article publié dans G3 en 2021 rappelle que cet ordre compte plus de 153 000 espèces décrites. Les tenthrèdes appartiennent au groupe des Symphyta, principalement herbivore, ce qui explique leur présence sur de nombreuses plantes hôtes.

La bonne stratégie commence par une question simple : quelle tenthrède, sur quelle plante, à quel stade?

La fausse chenille sort la scie

a caterpillar crawling on the side of a tree
Photo de Enguerrand Photography sur Unsplash.

La larve de tenthrède a l’allure d’une petite chenille, mais elle n’appartient pas aux Lépidoptères. Les chenilles de papillons ont généralement jusqu’à cinq paires de fausses pattes abdominales. Les larves de tenthrèdes en possèdent souvent davantage, parfois six à huit paires selon les espèces. Leur déplacement paraît alors plus régulier, presque mécanique, et plusieurs individus peuvent se regrouper sur la même feuille.

Le dommage aide aussi à trancher. La larve dévore la surface entre les nervures, découpe des trous et peut finir par ne laisser que les nervures. Les jeunes larves se tiennent souvent sous le feuillage : une inspection uniquement par-dessus passe donc à côté d’une partie du problème (oui, encore une inspection recto verso).

La femelle adulte possède un ovipositeur en forme de scie. Elle l’utilise pour inciser les tissus végétaux et y déposer ses oeufs. Chez certaines tenthrèdes gallicoles, cette ponte déclenche la formation d’une galle. Chez d’autres, les larves restent à l’extérieur et se nourrissent directement des feuilles.

Le menu n’est pas à volonté

Light-colored caterpillars clustered on green pine needles
Photo de Umut Hasanoglu sur Unsplash.

Les Tenthredinidae regroupent des espèces phytophages aux plantes hôtes variées. Une étude phylogénomique publiée dans Insects en 2021 a comparé les génomes mitochondriaux de 45 espèces de Tenthredinoidea. Cette diversité explique pourquoi une larve trouvée sur un noisetier ne permet pas d’accuser automatiquement les choux voisins.

On observe donc le couple formé par la larve et sa plante hôte. Plusieurs plantes d’un même groupe peuvent réagir différemment, tandis qu’une tenthrède donnée peut rester liée à un nombre limité de végétaux. Le nom du ravageur ne suffit pas à choisir une intervention.

Une étude menée en Nouvelle-Zélande et publiée dans Environmental Entomology en 2026 l’illustre avec la tenthrède gallicole Euura proxima. Les chercheurs ont comparé douze clones appartenant à quatre espèces de saules et à un hybride. Aucun renflement n’a été observé sur les clones de Salix purpurea. Les clones de Salix matsudana ont produit de petites galles malformées sans larves viables, tandis que plusieurs clones de S. albaS. fragilis et de l’hybride ont permis le développement des larves.

Ces résultats concernent des clones cultivés en Nouvelle-Zélande et une espèce précise. Ils ne permettent pas de déclarer un saule européen définitivement résistant. Ils montrent toutefois que la plante hôte peut peser lourd dans l’intensité d’une attaque.

Du ramassage, pas du cinéma

Sur un jeune arbuste ou lorsque les larves sont encore regroupées, le ramassage manuel reste l’intervention la plus ciblée. Il évite d’appliquer un produit sur toute la plante et permet de vérifier immédiatement l’identification. Pas très spectaculaire, certes. Mais le jardin bio n’a jamais promis des effets spéciaux.

  1. Inspecter la plante entière. Retourner les feuilles, regarder les pousses tendres et repérer les zones où le feuillage devient squelettique.
  2. Photographier la larve et les dégâts. Une image nette de la plante hôte, du dessous de la feuille et de la larve aide à éviter la confusion avec une chenille ou une autre larve défoliatrice.
  3. Retirer les larves visibles. Les déposer dans un récipient fermé ou les éloigner des plantes sensibles. Sur une petite plante, répéter l’opération pendant la période de présence.
  4. Supprimer seulement les parties très atteintes. Une feuille trouée n’a pas besoin d’être retirée automatiquement. En revanche, une pousse fortement colonisée sur un jeune sujet peut être coupée proprement si la plante conserve assez de feuillage.
  5. Surveiller après l’intervention. Les oeufs et les larves ne sont pas tous visibles le même jour. Un second passage vaut mieux qu’un traitement généralisé réalisé au hasard.

L’observation doit aussi inclure les plantes voisines susceptibles d’être hôtes. Une tenthrède spécialisée peut rester discrète sur un arbuste vigoureux et se concentrer sur un sujet jeune ou affaibli. Le voisin qui affirme que « c’est forcément une chenille » devra patienter cinq minutes : la feuille, elle, donne souvent un meilleur témoignage.

Le calendrier ne se sème pas au hasard

person picking orange fruit
Photo de Brienne Hong sur Unsplash.

La période de présence dépend de l’espèce et de la plante hôte. Dès les premiers dégâts du printemps, inspecter le dessous des feuilles permet d’intervenir lorsque les larves sont encore visibles et regroupées. Une seule visite ne suffit pas forcément : le développement et le nombre de générations varient selon la tenthrède.

L’étude publiée dans Environmental Entomology en 2026 porte sur Euura proxima et douze clones de saules en Nouvelle-Zélande. Elle ne fournit pas un calendrier universel pour le potager, mais elle montre que la réaction de la plante hôte peut modifier la présence et le développement des larves.

Un autre repère vient d’un article publié dans Insects en 2025. Les chercheurs y ont étudié Athalia rosae sur du colza d’hiver, dans des essais de laboratoire. Les résultats ont été mesurés à 96 heures, ce qui ne permet pas de transformer ce protocole en calendrier de surveillance au jardin. Le sol, la plante et la saison ne se laissent pas enfermer dans une date unique.

Le traitement tout-terrain rate sa cible

Close-up macro shot of a green sawfly perched on a vibrant green leaf, showcasing intricate details of the insect.
Photo de Erik Karits sur Pexels.

Une larve qui ressemble à une chenille ne répond pas forcément aux mêmes solutions. Un produit destiné aux larves de papillons ne doit pas être considéré comme adapté par simple ressemblance visuelle. Le savon noir, lui non plus, ne remplace pas l’identification d’une larve qui mâche les feuilles.

L’article publié dans Insects en 2025 a testé le cyantraniliprole et la flupyradifurone sur Athalia rosaedans le cadre du colza d’hiver. Les deux insecticides systémiques ont entraîné la mortalité de toutes les larves au bout de 96 heures dans les conditions de laboratoire. Ce résultat ne constitue ni une recommandation pour le potager, ni une validation en jardin biologique, ni une preuve d’efficacité sur les autres tenthrèdes.

La mention « naturel » ou « bio » ne remplace pas la vérification de l’usage autorisé, de la plante concernée et du ravageur visé. Avant toute pulvérisation, il faut donc consulter l’étiquette du produit et la réglementation applicable. Les résultats obtenus sur une culture agricole et en laboratoire ne justifient pas un traitement improvisé sur un noisetier ou un rosier.

Les auxiliaires ont leur mot à dire

black and yellow bee on white flower
Photo de Milan Ivanovic sur Unsplash.

Les Hyménoptères ne forment pas un bloc homogène. L’article publié dans G3 en 2021 rappelle que cet ordre réunit des espèces associées à la pollinisation, à l’herbivorie ou au parasitisme. Cette diversité suffit à écarter les traitements automatiques : avant de viser un insecte, il faut savoir lequel se trouve sur la plante.

Lorsque l’attaque reste localisée, le ramassage et la surveillance donnent une réponse proportionnée. Lorsque les dégâts s’étendent, une photographie nette et l’identification de la plante hôte permettent de demander un avis plus précis. On évite ainsi de traiter au hasard pour sauver une feuille déjà condamnée.

La tenthrède n’a pas besoin d’être déclarée ennemie publique numéro un. Il faut l’identifier, suivre sa période de présence, ramasser lorsque l’attaque reste limitée et vérifier tout usage de produit avant de pulvériser. La météo, elle, continuera de déjouer le calendrier avec un aplomb remarquable.

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ERIC
ERIC
Eric est jardinier passionné depuis 22 ans. Il partage régulièrement ses conseils et astuces de jardinage sur son blog "Jardin-Bio", pour aider les débutants comme les jardiniers confirmés à entretenir et faire évoluer leur jardin.

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