Le raisin monte en gamme,mais pas sans garde-fous

Le raisin gagne en popularité chez les cultivateurs amateurs. Il est de plus en plus répandu dans les zones aux conditions rudes, comme l’Oural et la Sibérie. Mais plus on remonte vers le nord, plus il faut renforcer la protection contre les maladies et les ravageurs.
Pour savoir à qui on a affaire,voici une description détaillée des principales maladies et des principaux parasites de la vigne,avec des repères visuels pour mieux les reconnaître. On ne va pas se mentir : au jardin comme au vignoble, identifier vite le problème, c’est déjà éviter une partie des dégâts.
Maladies de la vigne : les tracas sous la loupe

les maladies de la vigne peuvent être divisées en deux groupes : les maladies infectieuses et les maladies non infectieuses. Parmi les plus redoutables, on trouve la pourriture blanche ou grise, le mildiou, l’anthracnose et l’oïdium. Là, on parle de sérieux pour le sol, l’air et l’équilibre général de la plante… enfin, surtout pour sa santé.
Anthracnose : les taches qui grignotent tout
L’anthracnose de la vigne est une maladie fongique. Elle touche presque toute la plante : branches, fleurs, baies et feuillage. Elle est surtout présente dans les régions où le climat est doux et très humide, comme le Caucase, l’Asie centrale ou la Moldavie.
L’agent pathogène reste sur les plants infectés pendant l’hiver. Il peut survivre sur la vigne jusqu’à cinq ans. À ce stade, la maladie se maintient sous forme de pycnides, de mycélium et de sclérotes. Trois douzaines de générations de spores d’anthracnose peuvent apparaître en une seule saison de croissance. Malheureusement, les pluies fréquentes favorisent l’attaque des jeunes pousses et du feuillage dès le début du printemps.
Les principaux symptômes de cette maladie sont nombreux :
- apparition de taches brunes bordées d’un liseré brun clair ;
- flétrissement et écaillage des zones atteintes ;
- présence de taches brunes, grisâtres ou rosées sur les sarments, avec parfois formation d’ulcères en leur absence ;
- flétrissement et mort des pousses ;
- dessèchement des inflorescences ;
- taches grises et brunes en creux sur les fruits de raisin.
Tous ces symptômes sont beaucoup plus visibles lorsque le temps est instable.L’anthracnose se développe et se propage d’autant plus quand il pleut.
Pour limiter le risque, on conseille de choisir des variétés résistantes. Et si la maladie est déjà là, il faut intervenir avec des fongicides systémiques ou de contact.
mildiou : la douche froide du feuillage
Cette maladie est aussi connue sous le nom de faux mildiou. C’est sans doute l’un des problèmes les plus dommageables pour la vigne. Elle touche toutes les parties vertes de la plante. Elle est causée par un champignon introduit en France depuis l’Amérique du Nord dans la seconde moitié du XIXe siècle.
Depuis,la maladie s’est propagée très rapidement et touche aujourd’hui les vignobles de toute l’Europe ainsi que ceux de la CEI. Selon les années, sa gravité varie. Sa propagation dépend fortement de l’humidité relative de l’air. Plus une saison est marquée par des pluies et de l’humidité, plus l’incidence de cette maladie augmente.
En été, les symptômes deviennent visibles. On observe notamment :
- des taches huileuses, de taille variable, sur les feuilles en développement ;
- un dépôt blanc et granuleux au revers des taches huileuses, typique après des pluies prolongées ;
- une mort cellulaire dans les zones touchées, avec propagation rapide de la nécrose ;
- une chute des feuilles abîmées et un plant qui se dégarnit.
si la maladie atteint les inflorescences et les grappes, la situation se complique sérieusement. Des taches vert vif, qui semblent remplies d’eau, apparaissent alors sur la grappe. Avec le temps, les tissus touchés se dégradent et la circulation de sève vers les fruits se bloque.
Il en résulte un dessèchement partiel de la récolte. Les fleurs, les ovaires et les baies immatures infectés par le mildiou se couvrent d’un dépôt clair. ce sont les particules de mycélium qui provoquent le dépérissement et la chute des fleurs. La maladie se développe surtout dans les milieux très humides, avec des températures comprises entre 20 et 25 °C.
Il est difficile d’éviter totalement cette maladie, mais le choix de variétés résistantes réduit nettement le risque.
Il est aussi très utile de pailler le sol au pied des ceps. Les apports en potassium et en phosphore sont également bénéfiques. Les grappes ou parties atteintes doivent être retirées rapidement. En prévention, on peut utiliser des fongicides de contact ou systémiques, également efficaces contre le mildiou sur les fruits.
Oïdium : la farine qui n’annonce rien de bon
L’oïdium est l’autre nom, plus courant, de cette maladie de la vigne. C’est aussi un problème très dangereux, capable de provoquer des dégâts considérables dans la viticulture. Le pathogène a lui aussi été importé d’Amérique du Nord.
Les symptômes d’une infestation par l’oïdium sont les suivants :
- ralentissement de la croissance des tiges, qui semblent enroulées par rapport aux autres ;
- apparition d’un dépôt blanc-gris à la surface, plus visible au début de l’été ;
- présence de cette couche sur les deux faces de chaque feuille, donnant l’impression qu’elles ont été saupoudrées de farine ;
- sur les baies, dessèchement progressif, puis éclatement des jeunes fruits avant maturité.
Le pathogène se développe pendant les périodes les plus chaudes, lorsque la température dépasse 25 °C. Les plants les plus touchés sont ceux qui manquent d’aération, ainsi que les parties de l’arbuste cachées par un feuillage trop dense.
On peut limiter l’oïdium en soignant l’aération de la vigne : palissage, taille, suppression des gourmands et des branches inutiles.
Pourriture grise : quand la grappe se transforme en bouillie
La pourriture grise touche toutes les parties tendres de la vigne, ainsi que les bois de moins d’un an. cette maladie accompagne la plante toute l’année et se manifeste dès que les conditions lui conviennent. Lors du greffage, par exemple, les plants peuvent être contaminés. Le champignon peut aussi s’installer sur les jeunes rameaux pendant le marcottage ou,après un court passage en pépinière,provoquer leur mort.
Principaux symptômes :
- un duvet ou dépôt sur les jeunes rameaux et les organes floraux ;
- un dépôt important sur les grappes, qui, au toucher par temps humide, semble se désagréger ;
- la grappe entière qui devient une masse pâteuse ;
- le dessèchement des baies par temps sec ;
- le dessèchement, le brunissement puis la disparition des inflorescences.
Le temps sec gêne le champignon, si bien que l’infection printanière cesse généralement en été. Pour la prévention et la lutte,on applique les mêmes principes que pour l’oïdium ou le mildiou. Des fongicides et quelques pratiques culturales bien conduites peuvent aider.
Taches noires : la brûlure qui s’incruste
Cette maladie est aussi connue sous les noms d’escoriose, de fomopsis ou de brûlure des tiges. Elle touche non seulement le feuillage, mais aussi les parties ligneuses de la vigne à cause du champignon responsable. Voici les symptômes les plus marquants :
- taches décolorées sur l’écorce ;
- présence de pycnides, ces petits points noirs qui sont les organes de fructification du champignon, sur l’écorce ;
- pourriture du bois infecté, entraînant parfois la mort d’une grande partie du pied ;
- en début d’été, apparition de lésions sur les rameaux sous forme de taches brunes ou noires arrondies, qui s’étendent, fusionnent et finissent par fissurer les tissus ;
- fruits mûrs infestés prenant une coloration violet foncé.
la majorité des contaminations se produisent lors de pluies accompagnées d’éclaboussures. La maladie peut aussi être disséminée par les insectes. La germination des spores se produit avec une forte humidité et des températures supérieures à 15 °C.
Malheureusement, cette maladie est très difficile à combattre. Les fongicides n’agissent pas sur le champignon caché sous le tissu épidermique. Il faut donc enlever les organes contaminés et les tissus visibles atteints. les fongicides sont utilisés au printemps, lorsqu’il n’y a que deux ou trois feuilles, mais aussi plus tard, dans une stratégie de lutte globale contre les autres maladies.
Maladies et parasites de la vigne : les reconnaître avant qu’ils ne prennent la main.
Ravageurs de la vigne : les petites bêtes, gros dégâts

Les maladies ne sont pas les seules à menacer la vigne : les ravageurs aussi font leur part de dégâts. en plus des nombreux agents pathogènes, la vigne peut subir les attaques du phylloxéra, des acariens et de plusieurs chenilles.On va voir comment ils se manifestent et comment réagir.
Phylloxéra : l’ennemi minuscule qui fait trembler les ceps
Ce parasite est typique des arbustes à feuilles de vigne et représente leur plus grande menace. il ressemble à un puceron, avec une teinte jaune verdâtre. Il est presque impossible de le voir à l’œil nu tant sa taille est minuscule.
Les deux formes les plus courantes du parasite atteignent les parties souterraines (racines) et aériennes (feuilles, galles) des plants. En pénétrant dans la plante, le phylloxéra libère des enzymes qui dégradent les tissus.
Sur les feuilles, les dégâts se manifestent par des renflements, appelés galles, sur la face inférieure. Le parasite se développe le plus souvent sur les sols légers,les sols structurés comme le chernozem,et les sols calcaires.
Les sols argileux, les sols salés et les sols marécageux sont moins favorables au phylloxéra. Les sols sableux sont les plus défavorables, car le parasite y survit mal. Le choix du porte-greffe reste la principale mesure de prévention.
La méthode de lutte la plus radicale consiste à arracher les ceps infectés et ceux qui se trouvent en zone de quarantaine. La fumigation, elle, n’est plus utilisée.
Tétranyque : la toile fine, les feuilles qui grisent
Ce petit acarien ne vit pas uniquement sur la vigne, mais aussi sur près de 200 plantes. Il s’installe sur la face inférieure du feuillage, sous de fines toiles, et se nourrit de la sève cellulaire.
On le connaît aussi sous le nom de phytopte. Il se trouve généralement sur les feuilles, parfois sur les fleurs. Il provoque des boursouflures sur la face supérieure des feuilles. Le revers se creuse vers l’intérieur et se couvre de filaments d’abord blancs, puis brunâtres, parfois rougeâtres. Les pétales des inflorescences infestées se dessèchent et tombent. L’acarien peut passer l’hiver dans les rameaux, les fissures de l’écorce et les écailles des bourgeons.
Les acaricides sont souvent utilisés en prévention. Il est possible de traiter le tétranyque en même temps que d’autres interventions phytosanitaires.
Infestations de la vigne : quand la feuille raconte déjà l’histoire.
Les papillons de nuit : des chenilles qui ne dorment pas
Ce ravageur se divise en plusieurs sous-espèces selon l’endroit où il attaque. Ainsi, les chenilles de la mineuse bisannuelle se nourrissent des fruits, des jeunes inflorescences et des ovaires. elles détruisent la plante et favorisent la pourriture des différentes parties. Le papillon est gris et jaune, avec une bande longitudinale noire. La larve est cramoisie,tandis que la chrysalide est jaune et brune.
Une autre espèce de chenille touche à la fois les fruits, les inflorescences et les organes floraux.les chenilles sont brunes,avec des motifs bleutés et brunâtres. D’autres sont grises avec une teinte verte, et les chrysalides sont vertes ou brun sale.
La mineuse de la vigne attaque les fleurs et le jeune feuillage au printemps. Elle s’en prend aussi aux fleurs et aux ovaires. Les papillons présentent des motifs bruns sur fond blanc.Les chenilles sont vertes et couvertes de tubercules et de soies.
outre le traitement chimique, on utilise aussi l’élimination du feuillage des plants infestés pour limiter leur développement.
Les bons gestes pour tenir la vigne en forme

les fongicides s’appliquent non seulement sur les ceps adultes, mais aussi sur le matériel de plantation. Ces produits se classent en deux catégories : les fongicides de contact et les fongicides systémiques.
Les fongicides de contact pénètrent peu dans la plante. On y trouve la bouillie bordelaise, le zineb, le soufre colloïdal, l’oxychlorure de cuivre, le sulfate de fer, entre autres. Ils se lessivent facilement avec l’humidité.
Les fongicides systémiques, eux, peuvent pénétrer dans la vigne et circuler dans les tissus. Parmi eux : Quadris, Ridomil, Folpan ou Topaz.
Le plus efficace reste la prévention : des soins réguliers,une bonne aération,et des interventions ciblées au bon moment.
on peut traiter la vigne avec des fongicides systémiques moins souvent,seulement deux ou trois fois en début de saison. En revanche, les fongicides de contact doivent être employés plus régulièrement, car leur durée d’action est plus courte.
Il faut aussi rappeler que les fongicides sont des produits chimiques qui présentent des risques pour la santé. on respecte donc scrupuleusement les consignes d’utilisation, aussi bien pour la préparation que pour l’submission. La plante vous dira merci, et votre jardin aussi.
Une vigne saine, ce n’est pas juste une affaire de chance : c’est du suivi, de l’air, et un peu d’anticipation.
Je vous souhaite de belles vignes… et quelques grappes sans mauvaise surprise.






