Le flamboyant d’Hyères, ou Sesbania punicea, pousse vite, fleurit en grappes rouge orangé et atteint 2 à 3 m. Les gousses contiennent des graines toxiques qui peuvent se disperser par l’eau : joli arbuste, mais pas candidat au laisser-faire.
Cette Fabacée est originaire du Brésil, de l’Argentine, du Paraguay et de l’Uruguay. Elle forme un arbuste au port étalé, avec des feuilles composées de nombreuses folioles. Ses fleurs évoquent celles du poisde la glycine ou du cytise. En France, la floraison se situe généralement de juin à août et peut se prolonger jusqu’au début de l’automne lorsque l’arrière-saison reste douce.
Le froid limite nettement sa culture. La souche supporte seulement de courtes gelées, autour de -5 à -8 °C selon l’exposition, la durée du froid et la protection. La pleine terre convient donc surtout aux secteurs méditerranéens et à quelques jardins très abrités du Sud-Ouest. Ailleurs, le bac permet de déplacer la plante avant l’hiver.
Le flamboyant d’Hyères aime le soleil et la chaleur, mais il ne se comporte pas comme un arbuste rustique qu’on installe au fond du jardin en l’oubliant.
Orange mécanique, sol sans baignoire
Installez-le au soleil, à l’abri des vents froids, dans une terre légère et bien drainée. Le sol peut être pauvre, mais il doit évacuer l’eau. Une terre plutôt neutre à acide lui convient mieux qu’un sol calcaire.
Il faut toutefois éviter le raccourci « plante de sol pauvre égale plante de terrain sec ». Sesbania punicea se rencontre aussi près des rivières, des fossés, des berges et des terrains perturbés. Dans ces milieux, l’eau facilite le déplacement des graines et les sols dégagés favorisent l’installation des jeunes plants. Le risque de dissémination dépend donc autant de l’emplacement que de la vigueur de l’arbuste.
Le soleil en vedette, le calcaire sur le banc
Plantez au printempslorsque le sol est réchauffé et que les dernières gelées deviennent peu probables. En bac, utilisez un substrat drainant et arrosez régulièrement pendant la période de croissance, sans laisser d’eau stagnante. Un apport d’engrais organique peut accompagner la croissance en belle saison, en respectant la dose indiquée sur l’étiquette.
Un manque de lumière ou un excès d’eau ne se corrigent pas avec davantage d’engrais. La météo garde parfois le dernier mot, cette vieille farceuse.
Gousses d’alerte, graines en cavale
Après les fleurs apparaissent des gousses pendantes, d’abord vertes puis brunes à maturité. Elles portent quatre côtes bien visibles et renferment des graines brunes. Quand elles arrivent à maturité, leur tégument imperméable leur permet de résister au transport par l’eau.
Cette caractéristique explique la présence de la plante dans des milieux humides et le long de certains cours d’eau hors de son aire d’origine. Au jardin, retirez les gousses avant leur dissémination et surveillez les abords de la plante l’année suivante. La nature reprend toujours ses droits, surtout quand on lui fournit une rivière comme tapis roulant.
Une semence coriace, une surveillance nécessaire
Les graines possèdent un tégument imperméable qui prolonge leur survie et facilite leur transport par l’eau. La multiplication doit donc rester volontaire et éloignée des berges, des fossés et des zones humides. Un semis spontané se retire plus facilement lorsqu’il est jeune et que le sol est meuble.
Lorsqu’un arbuste pousse près d’un cours d’eau, évitez de disperser les gousses pendant l’arrachage. Si plusieurs jeunes plants apparaissent ou si la population s’étend, demandez un avis local avant d’intervenir sur une berge. Pas besoin de jouer les aventuriers de la graine perdue.
Bac à part, gel à distance
Le bac est la solution la plus souple dans les régions froides. Il permet de placer le Sesbania punicea dans un espace lumineux et hors gel avant les premières températures négatives. La plante perd son feuillage selon le climat et peut devenir semi-caduque dans les secteurs les plus doux.
En pleine terre, attendez le printemps pour évaluer les dégâts d’un épisode froid avant de tailler. Une tige noircie n’indique pas toujours que toute la souche est morte. Chez Jardin-Bio, on a déjà condamné une plante un peu trop vite, puis découvert une pousse verte au moment où le sécateur prenait sa retraite.
Le calendrier pratique tient en quatre repères : planter au printemps, réserver le soleil, protéger avant les gelées et couper les fleurs avant la formation des gousses.
La guerre des charançons n’est pas un tuto
Le cas du flamboyant d’Hyères montre pourquoi le biocontrôle ne se résume pas à introduire un insecte dans son jardin. En Afrique du Sud, la lutte contre Sesbania punicea a fait l’objet d’un suivi scientifique sur plusieurs années.
Dans Biocontrol of a perennial legume, Sesbania punicea, using a florivorous weevil, Trichapion lativentre: weed population dynamics with a scarcity of seedspublié le 1er décembre 1991 dans OecologiaJ.H. Hoffmann et V.C. Moran rapportent que le charançon Trichapion lativentre a réduit de plus de 98 % la production de graines. Le recrutement des jeunes plants a fortement diminué dans plusieurs secteurs, mais la densité des arbustes adultes n’a pas baissé au même rythme. La dissémination et la recolonisation ont été ralenties, pas supprimées d’un coup.
Dans leur seconde étude, The population dynamics of an introduced tree, Sesbania punicea, in South Africa, in response to long-term damage caused by different combinations of three species of biological control agentspubliée le 1er avril 1998 dans Oecologiales chercheurs ont suivi 16 foyers pendant des périodes allant jusqu’à 10 ans. La densité des plantes adultes a diminué de manière significative lorsque deux agents de contrôle ou davantage étaient présents. Le recul était plus marqué lorsque le charançon foreur des tiges Neodiplogrammus quadrivittatus était actif.
Ce résultat concerne un programme encadré, avec plusieurs agents et un suivi de longue durée. Il ne justifie pas l’importation d’un charançon dans un jardin particulier. Chez Jardin-Bio, on en tire une règle simple : surveiller les graines est plus sérieux que commander l’insecte qui « mange tout ».
Une troisième étude apporte un autre repère. Dans Mapping and eradication prioritization modeling of red sesbania populationspubliée le 22 mai 2013 dans Environmental ManagementR. Robison et ses coauteurs ont exploité des relevés réalisés en Californie durant l’été 2010. Leur modèle WHIPPET donnait la priorité aux petites populations isolées et aux foyers situés en amont des cours d’eau. La comparaison avec l’avis de cinq experts montrait une corrélation positive, mais non significative. La cartographie aide à hiérarchiser les interventions, elle ne remplace pas l’observation du terrain.
Planter ou passer son tour, telle est la gousse

Dans un jardin doux, le flamboyant d’Hyères peut être cultivé au soleil, dans une terre drainée, avec une surveillance régulière des fleurs et des fruits. En région froide, le bac évite de le condamner aux premières gelées, à condition de disposer d’un emplacement lumineux et hors gel pour l’hiver.
La prudence doit être renforcée près d’une zone humide, d’un cours d’eau ou d’un fossé. Une floraison orange ne justifie pas de laisser mûrir des graines toxiques dans un emplacement où l’eau peut les transporter. La question reste ouverte, mais franchement, faut-il négocier avec une réserve de gousses quand un autre arbuste peut fleurir sans organiser sa propre tournée d’invasion?
Sources et références scientifiques
- Hoffmann JH, Moran VC.. The population dynamics of an introduced tree, Sesbania punicea, in South Africa, in response to long-term damage caused by different combinations of three species of biological control agents.. Oecologia. 1998. DOI: 10.1007/s004420050456 · PMID: 28307777. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Hoffmann JH, Moran VC.. Biocontrol of a perennial legume, Sesbania punicea, using a florivorous weevil, Trichapion lativentre: weed population dynamics with a scarcity of seeds.. Oecologia. 1991. DOI: 10.1007/bf00317722 · PMID: 28312629. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Robison R, Barve N, Owens C, Skurka Darin G, DiTomaso JM.. Mapping and eradication prioritization modeling of red sesbania (Sesbania punicea) populations.. Environmental management. 2013. DOI: 10.1007/s00267-013-0063-3 · PMID: 23694970. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Bruno Nunez. Le Flamboyant d’Hyères, Sesbania punicea: Des fleurs orange éclatantes. 2017.
- Contributors to Wikimedia projects. species of plant. 2012.
- 1 2 DiTomaso, J.M.; Kyser, G.B. (2013). Weed Control in Natural Areas in the Western United States (PDF). Weed Research and Information Center, University of California. Retrieved 15 September 2024..
- 1 2 "Sesbania punicea Plants Profile" (Document). USDA Natural Resources Conservation Service. 31 March 2012..
- ↑ "Sesbania punicea". University of Florida, IFAS. Archived from the original on 15 December 2012. Retrieved 30 August 2012..
- 1 2 3 4 5 "Invasives Database: Sesbania punicea".. Retrieved 9 April 2012..
- 1 2 3 "Sesbania punicea". Germplasm Resources Information Network. Agricultural Research Service, United States Department of Agriculture. Retrieved 9 April 2012..
- ↑ 'The Legume Phylogeny Working Group (LPWG).', 2017, A new subfamily classification of the Leguminosae based on a taxonomically comprehensive phylogeny, Taxon, vol. = 66, number = 1, pages = 44-77.
- 1 2 3 "Sesbania punicea Fact Sheet". VT Forest Biology and Dendrology. VT Department of Natural Resources and Environmental Conservation..
- 1 2 3 "Sesbania punicea (Fabaceae)". EPPO. Retrieved 10 April 2012.[permanent dead link].
- ↑ Bevilacqua, L. "'Callose' in the impermeable seed coat of Sesbania punicea". Oxford Journals. Retrieved 10 April 2012.{{cite web}}: CS1 maint: deprecated archival service (link).
- 1 2 3 4 Alice, Russell. "Poisonous Plants of North Carolina". Department of Horticulture Science. North Carolina State University. Archived from the original on 27 May 2012. Retrieved 9 April 2012..
- 1 2 3 4 Nader de León, Alejandro (25 April 2011). "Uruguay's wildlife and Natural sanctuaries".. Retrieved 27 April 2012..
- ↑ "Sesbania punicea, Sesbania tripetii, Daubentonia tripetii". – Rare Plants for Home and Garden.. Retrieved 9 April 2012..
- Contributeurs aux projets Wikimedia. espèce de plante du genre Sesbania. 2018.
- [modifier | modifier le code].
- ↑ IPNI. International Plant Names Index. Published on the Internet The Royal Botanic Gardens, Kew, Harvard University Herbaria & Libraries and Australian National Botanic Gardens., consulté le 1er août 2020..
- ↑ « Plants Profile for Sesbania punicea (rattlebox) », sur.
- ↑ « Sesbania punicea », University of Florida, IFAS (consulté le 30 août 2012).
- ↑ « Invasives Database: Sesbania punicea », (consulté le 9 avril 2012).
- ↑ The Legume Phylogeny Working Group (LPWG)., « A new subfamily classification of the Leguminosae based on a taxonomically comprehensive phylogeny », Taxon, vol. 66, no 1, 2017, p. 44-77 (DOI 10.12705/661.3, lire en ligne). doi:10.12705/661.3.
- ↑ « Sesbania punicea (Fabaceae) », EPPO (consulté le 10 avril 2012).
- ↑ L. Bevilacqua, « 'Callose' in the impermeable seed coat of Sesbania punicea », Oxford Journals (consulté le 10 avril 2012).
- ↑ « Sesbania punicea Fact Sheet », VT Forest Biology and Dendrology, sur VT Forest Biology and Dendrology, VT Department of Natural Resources and Environmental Conservation.
- ↑ Alejandro Nader de León, « Uruguay's wildlife and Natural sanctuaries », (consulté le 27 avril 2012).
- ↑ Russell Alice, « Poisonous Plants of North Carolina », Department of Horticulture Science, sur Department of Horticulture Science, North Carolina State University (consulté le 9 avril 2012).
- ↑ « Sesbania punicea, Sesbania tripetii, Daubentonia tripetii », (consulté le 9 avril 2012).
- Flamboyant d’Hyères (Sesbania punicea).






