Un litre d’eau par jour et par pied peut servir de repère en été, mais certainement pas de règlement national. Pour les tomates, le sol, le stade de culture et la régularité des apports tranchent mieux que l’arrosoir posé devant la porte.
Une terre profonde conserve l’eau plus longtemps qu’un sol sableux. Un pot dispose d’une réserve limitée et perd rapidement de l’humidité par ses parois et ses trous de drainage. Sous serrela pluie n’arrive plus, mais la température monte et l’air peut rester humide autour du feuillage. Même plante, trois ambiances, trois réglages.
Le chiffre de 1 litre par jour devient donc un point de départ, pas une consigne à appliquer les yeux fermés. Après la plantation, les racines s’installent. Pendant la croissance, la plante consomme de l’eau pour ses tiges et ses feuilles. Quand les fruits se forment, les besoins peuvent diminuer, mais les apports doivent rester réguliers. L’arrosage massif après plusieurs jours secs, suivi d’un long silence, met la tomate dans une sacrée galère hydrique.
Un litre, deux sols : le calcul patine

La bonne question n’est pas « combien de litres? », mais « combien de litres dans quel sol, à quel stade et avec quelle météo? ». Une terre argileuse et profonde peut espacer les arrosages. Une terre légère sèche plus vite. Dans un bac, la faible quantité de substrat réduit la marge d’erreur.
La surface trompe parfois. Elle peut être sèche sur quelques centimètres alors que la zone racinaire reste humide. À l’inverse, une croûte fraîche peut masquer une eau qui n’a pas pénétré assez loin. Le calendrier fixe est pratique pour l’arrosoir, beaucoup moins pour la plante.
Le sol mène la danse, pas l’appli
L’étude de Zarai, Khaskhoussy, Zouari et leurs collègues, publiée le 3 novembre 2023 dans Environmental Monitoring and Assessmenta suivi une culture de tomate de février à juin 2022 dans la région de Kairouan, en Tunisie. La variété étudiée était Savera. Des sondes ont mesuré l’eau et les sels à 0, 10, 20, 30 et 60 cm de profondeur.
La teneur en eau du sol était proche de 32 % au début du suivi. Avec l’intensification des irrigations, elle a atteint 46 % à 20 cm et 54 % à 30 cm vers la mi-avril. En fin de cycle, la salinité était plus élevée en profondeur. Ces valeurs décrivent une parcelle, une variété et un dispositif précis. Elles ne donnent pas une dose à recopier dans chaque potager, mais elles montrent que l’arrosage modifie le profil du sol, pas seulement la flaque autour du collet.
Un apport lent et pénétrant aide l’eau à atteindre la zone racinaire. Il faut toutefois un sol qui ne soit pas compacté et une fréquence adaptée à sa capacité de rétention. Deux plants voisins peuvent donc recevoir des apports différents. La météo, elle, adore saboter les calendriers.
Le meilleur indicateur reste l’humidité de la zone racinaire, pas l’état de la croûte en surface.
Du goutte-à-goutte, oui, mais pas en mode perfusion

Le goutte-à-goutte dépose l’eau au pied et évite de mouiller les feuilles. L’aspersion prolonge l’humidité sur le feuillage et peut favoriser les problèmes fongiques lorsque l’air reste humide. Pour les tomates, arroser au pied est donc plus cohérent que laisser une pluie artificielle s’attarder sur les feuilles.
Un système d’irrigation se règle avec un récipient gradué, pas avec une confiance aveugle dans l’étiquette du tuyau. Placez le récipient sous un goutteur pendant 10 minutes, mesurez le volume recueilli, puis multipliez ce volume par 6 pour obtenir le débit horaire. Un goutteur qui délivre 1 litre par heure apporte 0,5 litre en 30 minutes. Ce calcul tout simple évite de laisser couler plusieurs heures un dispositif mal réglé.
Arrosez lentement et interrompez l’apport si l’eau ruisselle vers l’allée. Reprenez après quelques minutes, lorsque le sol a commencé à absorber. Un paillage réduit l’évaporation et amortit les écarts d’humidité. Les tontes laissées quelques heures au soleil avant leur installation conviennent, mais elles se décomposent vite et demandent environ un renouvellement mensuel.
Le cul noir ne se soigne pas au déluge

La nécrose apicale, appelée familièrement « cul noir », apparaît au bout des fruits. Des apports très irréguliers perturbent l’alimentation hydrique de la plante et peuvent favoriser ce désordre. Verser beaucoup d’eau dès les premiers fruits atteints ne répare pas les tissus déjà nécrosés. Cela risque surtout de détremper le sol et de fragiliser les racines.
La réponse tient dans une humidité plus régulière : observer la zone racinaire, pailler, arroser au pied et éviter le grand écart entre sécheresse prolongée et apport massif. Le potager n’a pas besoin d’une station de pompage, juste d’un rythme que le sol peut absorber.
Sous serre, la couverture protège de la pluie mais ne remplace pas l’aération. Une température élevée, un feuillage humide et un arrosage abondant créent des conditions favorables aux maladies foliaires. Le goutte-à-goutte aide, mais il ne dispense pas d’ouvrir et de surveiller.
Les eaux de récupération jouent parfois les faux amis
Une eau récupérée n’est pas automatiquement adaptée au potager. Une étude publiée en 2022 dans Scientific Reportsconsacrée à l’irrigation de tomates avec des eaux issues de sept étapes d’une activité de teinture textile au Bangladesh, a comparé ces eaux à une eau souterraine témoin. L’expérience en pots comprenait huit traitements et trois répétitions par traitement.
L’effluent mélangé dépassait les normes agricoles pour plusieurs paramètres physico-chimiques, dont les matières dissoutes, les matières en suspension, la conductivité, la demande biologique en oxygène et la demande chimique en oxygène. L’étude relevait aussi des chlorures et des métaux comme le cadmium, le nickel et le chrome. Une eau contenant des éléments nutritifs n’est donc pas forcément compatible avec un sol sain ou des fruits destinés à la consommation.
Le 12 novembre 2024, Aliste, Hernández, El Aatik et leurs collègues ont publié dans Ecotoxicology and Environmental Safety une étude sur une eau contenant sept médicaments et sept pesticides. Dans un pilote installé à Murcie, en Espagne, le traitement couplant procédés biologiques et solaires a éliminé plus de 96 % des polluants ciblés avant l’irrigation de deux cycles de tomates.
Les chercheurs n’ont pas observé de différence significative entre les lots irrigués avec eau traitée, eau témoin et eau polluée pour le rendement total, le nombre de fruits, leur poids moyen, leur taille, leur fermeté, leur couleur externe et plusieurs critères nutritionnels. Ce résultat ne rend pas l’eau polluée acceptable pour autant : des résidus ont été détectés dans le sol et dans quatre échantillons de tomates du lot concerné. Dans l’eau traitée, seule la venlafaxine a été mesurée dans un échantillon du second cycle, à 0,028 microgramme par kilogramme. Ce pilote expérimental ne constitue ni une méthode domestique de filtration ni une autorisation générale de réutiliser une eau usée.
Le calendrier tomate se fait au cas par cas
Pour régler les apports pendant la saison, gardez une routine courte et vérifiable :
- Contrôlez l’humidité à 10 ou 20 cm avant d’arroser, surtout après une pluie ou une nuit fraîche.
- Arrosez au pied, lentement, sans mouiller le feuillage et sans laisser l’eau ruisseler hors de la planche.
- Suivez davantage les plants pendant la croissance, puis gardez des apports réguliers lorsque les fruits se forment.
- Pailler le sol et surveiller plus souvent les plants en pot ou sous serre.
- Après une période sèche, reprenez progressivement au lieu de verser un volume massif en une fois.
Le repère de 1 litre par jour peut convenir comme première estimation en pleine saison, dans une culture exposée et un sol qui sèche vite. Dans une terre profonde, les racines peuvent puiser plus bas et permettre d’espacer les apports. Dans un pot, la réserve est plus faible. Le chiffre aide à démarrer, l’observation décide de la suite.
La tomate préfère une humidité suivie à une succession de sécheresses et de noyades. Même en 2026, la météo garde le dernier mot, avec ce sens très personnel de la ponctualité.
Sources et références scientifiques
- Optimizing textile dyeing wastewater for tomato irrigation through physiochemical, plant nutrient uses and pollution load index of irrigated soil – PMC. Scientific reports. DOI: 10.1038/s41598-022-11558-1 · PMID: 35710771.
- 1.Connor R, Faurès JM, Kuylenstierna J, Margat J, Steduto P, Vallée D, van der Hoek W. Evolution of Water Use. The United Nations World Water Development Report 3: Water in a Changing World. UNESCO Publishing; 2009. [Google Scholar].
- 2.European Commission, Guide book for European investors in Banglades”, sector profiles, Asia Investment Facility, The textile sector in Bangladesh, 6..
- 3.Khan GM, Deniel Konjit M, Thomas A, Eyasu SS, Awoke G. Impact of textile wastewater on seed germination and some physiological parameters in pea (Pisum sativum L.), Lentil (Lens esculentum L.) and Gram (gram arienum L.) Asian J. Plant Sci. 2011;10(4):269-273. doi: 10.3923/ajps.2011.269.273. [DOI] [Google Scholar]. doi:10.3923/ajps.2011.269.273.
- 4.Hassan J, Kamal MZU, Alam MZ. Impact of textile dyeing effluents on germination and seedling stage of country bean (Lablab niger var. Typicus) Environ. Nat. Resour. J. 2013;11(2):80-96. [Google Scholar].
- 5.Khandaker S, Hassan J, Saha GC. Effect of textile dying wastewater on growth, yield and nutritional qualities of stem amaranth. Int. J. Agric. Sci. Res. 2013;3(3):171-178. [Google Scholar].
- 6.Allegre C, Moulin P, Maisseu M, Charbit F. Treatment and reuse of reactive dyeing effluents. J. Mem. Sci. 2006;269:15-34. doi: 10.1016/j.memsci.2005.06.014. [DOI] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.memsci.2005.06.014.
- 7.Jolly YN, Islam A. Characterization of dye industry effluent and assessment of its suitability for irrigation purpose. J. Bangladesh Acad. Sci. 2009;33:99-106. doi: 10.3329/jbas.v33i1.2954. [DOI] [Google Scholar]. doi:10.3329/jbas.v33i1.2954.
- Feo G, Mays LW, Angelakis AN. Water and wastewater management technologies in the ancient greece and roman civilizations. In: Wilder P, editor. Treatise in Water Science. Elsevier; 2011. pp. 3-22. [Google Scholar].
- 9.Kiziloglu FM, Turan M, Sahin U, Kuslu Y, Dursun A. Effects of untreated and treated wastewater irrigation on some chemical properties of cauliflower (Brassica olerecea L. var. botrytis) and red cabbage (Brassica olerecea L. var. rubra) grown on calcareous soil in Turkey. Agric. Water Manag. 2008;95:716-724. doi: 10.1016/j.agwat.2008.01.008. [DOI] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.agwat.2008.01.008.
- 10.Emongor VE, Ramolemana GM. Treated sewage effluent (water) potential to be used for horticultural production in Botswana. Phys. Chem. Earth. 2004;29:1101-1108. doi: 10.1016/j.pce.2004.08.003. [DOI] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.pce.2004.08.003.
- 11.Pereira BFF, He ZL, Stoffella PJ, Melfi AJ. Reclaimed wastewater: Effects on citrus nutrition. Agric. Water Manag. 2011;98:1828-1833. doi: 10.1016/j.agwat.2011.06.009. [DOI] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.agwat.2011.06.009.
- 12.Sousa G, Fangueiro D, Duarte E, Vasconcelos E. Reuse of treated wastewater and sewage sludge for fertilization and irrigation. Water Sci. Technol. 2011;64(4):871-879. doi: 10.2166/wst.2011.658. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.2166/wst.2011.658.
- Aliste M, Hernández V, El Aatik A, Pérez-Lucas G, Fenoll J, Navarro S.. Coupled bio-solar photocatalytic treatment for reclamation of water polluted with pharmaceutical and pesticide residues: Impact on tomato irrigation.. Ecotoxicology and environmental safety. 2024. DOI: 10.1016/j.ecoenv.2024.117291 · PMID: 39536564. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Zarai B, Khaskhoussy K, Zouari M, Souguir D, Khammeri Y, Moussa M, Hachicha M.. Smart control of soil water and salt content for improving irrigation management of tomato crop field: Kairouan area.. Environmental monitoring and assessment. 2023. DOI: 10.1007/s10661-023-12019-6 · PMID: 37921997. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Bruno Nunez. Le bon arrosage des tomates…. 2016.
- Grégory Fontaine. Comment bien arroser les tomates au potager?. 2023.







