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Momordica, le « concombre crocodile » qui bouscule le potager

Momordica, le « concombre crocodile » qui bouscule le potager

La momordica intrigue, avec ses fruits épineux et sa saveur amère, mais elle mérite mieux qu’un simple effet de curiosité. Bien cultivée, cette liane exotique peut aussi trouver sa place au jardin, sur une pergola ou même en pot, à condition de lui offrir chaleur, lumière et un sol bien vivant.

De nombreux jardiniers aiment cultiver des plantes nouvelles et peu communes sur leur terrain. On voit aussi, de plus en plus, des tentatives de culture de momordica dans les datchas, les serres, les balcons et les rebords de fenêtre. qu’est-ce qu’une momordica ? On l’appelle aussi melon fou, concombre jaune, concombre indien ou encore concombre crocodile. Ça pose tout de suite le décor.

En réalité,cette plante n’est pas seulement décorative.Elle attire l’œil, grimpe vite et peut même masquer une structure un peu moche dans le jardin (on a tous un coin comme ça, rassurez-vous). Mais pour obtenir quelque chose de correct, il faut mieux comprendre ce qu’on a entre les mains.

Une liane qui grimpe, fleurit et se fait remarquer

Une liane qui grimpe, fleurit et se fait remarquer

La momordica est une plante grimpante annuelle, parfois vivace selon le climat, appartenant à la famille des cucurbitacées. Elle est répandue en Chine, au Japon et en Asie du Sud-Est. En Chine, seuls les milieux prestigieux pouvaient servir des plats à base de cette plante. Aujourd’hui, elle est encore relativement nouvelle en Russie, mais elle gagne rapidement en popularité.

Elle peut être cultivée sur les balcons, les rebords de fenêtres ou en plein jardin, à condition de lui fournir un support. Sur une pergola ou le long d’une allée, elle fait son petit effet. Et là, on parle de sérieux pour le sol, mais aussi pour le décor.

La momordica développe des tiges fines pouvant dépasser deux mètres de long. Son feuillage, grand et vert clair, se distingue nettement de celui des autres cucurbitacées grâce à ses lobes marqués. Résultat : une plante très décorative, presque graphique.

La floraison a lieu en même temps que la croissance active des tiges. Les fleurs, jaune vif, sont portées par de longs pédoncules et dégagent une légère odeur de jasmin.La plante porte des fleurs mâles et femelles : les mâles apparaissent d’abord, suivis des femelles. Après la pollinisation, l’ovaire se développe rapidement.

La tête du jardinier quand il découvre qu’une liane “exotique” veut grimper plus vite que le haricot d’Espagne.

Des fruits pas comme les autres : à mi-chemin entre verrue et trésor

Des fruits pas comme les autres : à mi-chemin entre verrue et trésor

La particularité la plus frappante de la momordica, c’est son fruit. Allongé, fusiforme, d’une vingtaine de centimètres, il ressemble à une peau de crocodile ou à une surface couverte de petites verrues. Les jeunes fruits, vert clair, peuvent se consommer jeunes, un peu comme des artichauts, après préparation. Plus ils mûrissent, plus ils deviennent jaunes puis orange.

La chair prend alors une amertume bien marquée, proche de celle de certains concombres sauvages. Cela n’empêche pas leur consommation, mais il faut les préparer correctement pour adoucir ce goût. Le fruit mûr se fend en trois parties charnues et libère des graines rouge cramoisi. il existe aussi des variétés à fruits blancs.

Les graines sont de taille comparable à celles d’un cantaloup. Chacune porte un motif propre, presque ornemental.Elles sont entourées d’une pulpe rouge foncé et juteuse,dont la saveur rappelle celle du kaki.

Un fruit qui s’ouvre tout seul, des graines rouge vif et une allure de mini-monstre botanique : on ne va pas se mentir, ça attire l’œil.

Semis au chaud, sinon rien

Semis au chaud, sinon rien

Comme la courge, la momordica aime la chaleur, mais elle a ses exigences.Dans notre bref été,il faut souvent passer par les semis pour espérer la mener à bon port jusqu’à la récolte.

Avant de semer, on prépare les graines. Pour accélérer la germination, on pratique une scarification légère : il suffit de frotter doucement la pointe de la graine avec du papier de verre ou une lime à ongles. L’idée n’est pas de l’abîmer, juste de fragiliser un peu l’enveloppe pour laisser l’eau entrer plus facilement. C’est le meilleur moyen de se planter… si on gratte trop fort, justement.

On fait ensuite tremper les graines pendant quelques heures dans une solution désinfectante adaptée, puis on les rince avant de les placer dans de la sciure humide ou dans un chiffon mouillé, au chaud, pour les faire germer. Après ce traitement, la germination est généralement bonne.

Dès que la graine s’ouvre, on sème chaque plant dans un godet séparé ou un récipient biodégradable. Le substrat doit être riche et léger : humus, terreau de feuilles, compost mûr et un peu de matière organique bien décomposée font très bien l’affaire. On maintient les semis humides et à une température comprise entre 22 et 25 °C, dans un endroit tempéré.

Dès l’apparition des jeunes plants, on les place près d’une fenêtre bien lumineuse.Pendant les premiers jours, on peut faire baisser la température autour de 16 °C pour éviter qu’ils ne filent. Ensuite, on les cultive à environ 22 °C, avec une bonne humidité et des arrosages réguliers.

Avec les cucurbitacées frileuses, la précipitation coûte cher : un semis trop tôt, et on perd du temps au lieu d’en gagner.

Ce petit godet posé sur le rebord de fenêtre, c’est souvent là que tout se joue.

En terre, seulement quand le thermomètre se calme

Avant la plantation en pleine terre, il faut endurcir les jeunes plants. En général,on les met en place fin mai ou début juin,une fois le risque de gelées nocturnes écarté. Il faut les manipuler avec soin pour ne pas casser la motte : les racines de la momordica supportent mal d’être dérangées.

Si le sol n’est pas suffisamment réchauffé, la liane stagne, se refroidit et peut même dépérir. Elle ne supporte pas des températures inférieures à 10 °C. Là aussi, on a intérêt à jouer la prudence.

La momordica apprécie un sol légèrement fertile et légèrement acide. Elle aime les apports d’engrais organiques et l’arrosage à l’eau tiède. Si votre terre est trop acide, on peut corriger légèrement avec un amendement calcaire, mais sans excès. Elle se plaît après les solanacées (tomates, pommes de terre, aubergines), les légumineuses, les racines, les légumes-feuilles et les choux.

Avant de planter, on pense au sol, à la chaleur et à la place : sans ça, la liane fait la tête.

Une grimpeuse qui aime voir loin

La momordica a besoin de lumière, d’une protection contre le vent et d’un léger ombrage aux heures les plus fortes de la journée. Elle pousse très bien sous serre. En revanche, elle supporte mal les plantations serrées et l’ombre : les fruits deviennent plus petits, plus fragiles et moins jolis.

Comme toutes les lianes, la plante adulte doit être conduite sur un support ou un treillis. Une jarretière verticale s’impose si on veut garder quelque chose de propre et facile à récolter.

Arrosez fréquemment la momordica, toujours avec de l’eau tiède. On peut aussi brumiser le feuillage régulièrement, surtout par temps sec ou en serre.

Elle demande des apports réguliers, environ toutes les deux semaines, car sa croissance est rapide. Une infusion de légumineuses ou un purin végétal bien dilué peut convenir, à condition de rester modéré. La plante aime les apports organiques,pas les doses de cavalerie.

Elle produit de nombreuses tiges qu’il faut former. On peut commencer par supprimer certaines branches, puis accompagner à la fois les pousses latérales et la floraison. Pour améliorer la production de fruits, on taille les rameaux secondaires. Il faut éviter que les jeunes plants épaississent trop leur végétation.

Il suffit d’ailleurs de placer les branches excédentaires dans de l’eau tiède pour qu’elles s’enracinent.

Une liane bien tenue, c’est un peu comme un bon fil de fer au jardin : discret, mais indispensable.

Récolter au bon moment, sinon c’est le fruit qui décide

Quand le fruit est mûr, trois grosses parties charnues apparaissent et s’ouvrent progressivement. Lorsque les graines commencent à tomber, c’est le signe qu’il est prêt à être récolté. Mieux vaut ne pas tarder.

Le bon moment se joue à peu de choses : trop tôt, le fruit manque de goût ; trop tard, il s’ouvre et se disperse.

Avant l’apparition des fruits, le feuillage des jeunes plants peut piquer et irriter la peau, un peu comme des orties.Il faut donc manipuler la plante avec des gants ou des moufles, surtout lors des tailles.

Le fruit peut se conserver au réfrigérateur pendant une vingtaine de jours.

Le genre de récolte qu’on pose au frigo avec un petit sourire : “ça, les voisins n’en ont pas.”

Fruit de longévité ou remède miracle ? Restons lucides

En Chine, on l’appelle souvent le fruit des longévifs. Et pour cause, la momordica contient diverses substances intéressantes : protéines, glucides, polysaccharides, vitamines, dont la vitamine C, les vitamines du groupe B, du carotène et de la vitamine E.

Dans la médecine traditionnelle, elle est utilisée pour accompagner certains troubles digestifs, améliorer le confort général ou soutenir l’organisme. on lui prête aussi des effets sur la glycémie, l’inflammation ou l’état général. Mais attention : les usages traditionnels ne remplacent pas une preuve médicale solide. Sur le terrain comme en phytothérapie, on garde la tête froide.

Toutes les parties de la plante peuvent être employées : fruits, fleurs, racines, feuillage et graines. La momordica est très présente dans la médecine traditionnelle chinoise. Elle est utilisée pour soulager certaines douleurs, accompagner des troubles cardiaques ou digestifs, ou soutenir la vitalité. Des préparations à base de momordica sont aussi censées ralentir le vieillissement et favoriser la longévité active.

Les graines et les fruits sont également cités pour leur action sur le cholestérol, les vaisseaux sanguins, certaines affections de peau, les douleurs articulaires, la dépression, l’hépatite, la furonculose ou encore certaines maladies des yeux.

Les décoctions de la plante sont parfois utilisées contre les calculs urinaires, la prostatite, et pour soutenir l’immunité ainsi que les fonctions cognitives.

Mais entre plante utile et plante-miracle, il y a un gouffre : on évite l’emballement, surtout en santé.

Recettes de grand-mère, prudence de rigueur

Teinture de fruits de momordica :

Coupez les fruits sans graines en petits morceaux. Remplissez bien un bocal de trois litres, puis ajoutez un demi-litre de vodka. Fermez et laissez macérer à l’abri de la lumière pendant deux semaines.

La prise annoncée est de une cuillère à café, trois fois par jour, à jeun, une demi-heure avant le repas, pendant trois à quatre jours.

Cette teinture est présentée comme utile contre les rhumes,les rhumatismes et le psoriasis. Elle est aussi censée renforcer l’immunité.

Infusion de graines de momordica :

Broyer une vingtaine de graines,ajouter un verre d’eau bouillante,puis faire chauffer dix minutes. Laisser infuser une heure avant de filtrer. On consomme ensuite 50 ml de décoction trois fois par jour pour accompagner les fièvres,les hémorroïdes ou comme diurétique.

Attention : ces usages relèvent de la tradition, pas d’un feu vert médical automatique.

Avertissements à ne pas balayer d’un revers de manche

L’utilisation de momordica peut provoquer des réactions allergiques et une salivation excessive.

Elle est déconseillée pendant la grossesse et l’allaitement.

Elle peut aussi provoquer une anémie ou des intoxications chez les enfants.

Ne vous lancez pas dans l’automédication : demandez toujours l’avis d’un professionnel de santé.

En cuisine, jouer pour enlever l’amertume

Pour atténuer l’amertume, on peut faire tremper les fruits de momordica dans de l’eau salée avant utilisation. les jeunes pousses se cuisinent en salade, bouillies, sautées, en marinade ou pour accompagner des viandes. Elles sont nutritives et riches en protéines, davantage que certains melons.

Une légère amertume subsiste souvent, surtout dans les fruits les plus mûrs.

Il existe plusieurs façons d’enlever en partie cette amertume :

– deux minutes dans l’eau bouillante, puis un refroidissement immédiat sous l’eau froide ;
– saupoudrer les morceaux de sel, puis laisser égoutter le liquide excédentaire.

Pour cuisiner la momordica, on peut aussi reprendre des recettes d’aubergines. Les feuilles servent parfois à préparer une boisson infusée.

Le genre d’ingrédient qui demande un peu de doigté, mais qui récompense les curieux.

Petite poêlée de momordica jeune

Coupez les jeunes fruits en rondelles, comme des courgettes. Faites-les tremper dans de l’eau salée. Pendant ce temps,faites chauffer l’huile dans une poêle. Enrobez les morceaux de farine mélangée à du curcuma. Faites-les frire dans la poêle bien chaude jusqu’à obtenir une belle croûte dorée.Ce plat, relevé et légèrement poivré, facilite la digestion et renforce la saveur.

Momordica farcie, version potager

Retirez les graines du fruit avant de le farcir. On peut,par exemple,le garnir d’un mélange de légumes,comme on le ferait avec des poivrons ou des courgettes. Faites ensuite mijoter avec un peu d’eau.

Les petits fruits peuvent aussi être placés dans des bocaux et recouverts d’une saumure pour être préparés comme des concombres au vinaigre.

Vous savez maintenant ce qu’est la momordica, comment la cultiver et comment la cuisiner. À vous de voir si cette liane un peu cabossée vous plaît vraiment… ou si elle continuera simplement à faire la star sur la pergola.

ERIC
ERIC
Eric est jardinier passionné depuis 22 ans. Il partage régulièrement ses conseils et astuces de jardinage sur son blog "Jardin-Bio", pour aider les débutants comme les jardiniers confirmés à entretenir et faire évoluer leur jardin.

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