Des taches rondes brun-rouge, des feuilles qui jaunissent et des coings parfois crevassés : l’entomosporiose profite de l’humidité printanière. Dès le débourrement, cinq gestes réduisent la pression de maladie, sans transformer le cognassier en chantier de pulvérisation.
Taches en série, feuille en sursis
Le cognassier fait partie des arbres fruitiers sensibles à l’entomosporiose, comme le poirier, l’aubépine, le néflier, le cotonéaster et certains photinias. Cette maladie cryptogamique est provoquée par un champignon. Son nom vient de l’aspect des spores, qui évoquent un minuscule insecte aplati. La bestiole n’en est pas une, et c’est bien le champignon qui négocie sévère avec le feuillage.
Le point noir qui met les points sur les i
Les premiers symptômes prennent la forme de petites taches circulaires, rougeâtres à brunes, souvent marquées d’un point noir ou d’une croûte centrale. Elles s’agrandissent ensuite, se rejoignent et forment des plages nécrosées. Les feuilles peuvent jaunir, sécher sur une partie du limbe, puis tomber alors qu’elles portent encore des zones vertes.
Une chute précoce ne relève pas seulement de l’esthétique. Lorsque le cognassier perd une grande partie de ses feuilles, sa photosynthèse diminue et les fruits peuvent ralentir leur croissance. L’arbre meurt rarement de cette maladie, mais il s’affaiblit et la récolte peut en prendre un coup. Le signe le plus parlant associe taches rondes, points noirs et défoliation prématurée.
Quand le coing prend la mouche
Les fruits en formation ne sont pas toujours atteints. Dans les cas marqués, ils présentent toutefois des taches sombres, des crevasses ou des déformations. Leur grossissement peut s’arrêter, puis certains tombent avant la récolte. Sur un arbre peu touché, les coings peuvent continuer à se développer malgré les lésions foliaires. Le diagnostic ne se résume donc pas à compter les taches sur un seul fruit.
Printemps mouillé, champignon réveillé
Les pluies de printemps, les éclaboussures et les feuillages qui restent humides créent des conditions favorables aux contaminations. Le champignon se maintient dans les feuilles mortes et les rameaux atteints, puis les spores gagnent les jeunes feuilles avec l’eau projetée par la pluie. Une couronne très dense, un arbre coincé entre deux murs ou une plantation peu ventilée prolongent cette humidité.
Une publication de Chen H., White J. F., Malik K., Qi F. et Li C., parue le 12 octobre 2022 dans Plant Diseasea étudié une espèce de Diplocarpon associée à l’entomosporiose de l’aubépine en Chine. Les auteurs ont observé une germination optimale des conidies à 20,4 °C et un temps minimal de 4,9 heures dans leurs conditions expérimentales. Ce résultat éclaire le rôle d’une température douce combinée à l’humidité, mais il ne fournit pas un seuil de traitement directement transposable au cognassier français.
Geste 1 : ouvrez l’oeil avant d’ouvrir le sécateur. En mars, dans les régions où les bourgeons commencent à s’ouvrir, inspectez les jeunes feuilles au moins une fois par semaine. Le bon repère n’est pas une date identique partout, mais le débourrement, puis les épisodes de pluie entre mars et juin. Après une période humide, regardez le dessus et le dessous des feuilles ainsi que les rameaux proches du sol.
Le grand ménage, version sol vivant
Geste 2 : retirez ce qui peut héberger le champignon. Ramassez les feuilles tombées, les fruits atteints et les rameaux manifestement malades. Répétez l’opération pendant l’été et l’automne au lieu de laisser une litière infectée sous la ramure jusqu’au printemps suivant. Si l’attaque est forte, évitez le compost domestique peu chaud, qui ne garantit pas l’assainissement des déchets. Orientez-les vers la filière de déchets verts acceptée par votre commune.
Nettoyez les outils après les coupes, surtout si vous passez d’un rameau atteint à une partie saine. Une lame propre limite le transport mécanique de débris et de spores. La coupe doit rester mesurée : supprimer quelques rameaux mal placés ou clairement atteints peut améliorer l’aération, tandis qu’une taille sévère provoque de nombreuses repousses tendres et déséquilibre l’arbre.
Geste 3 : gardez le feuillage au sec autant que possible. Arrosez au pied plutôt que sur les feuilles et utilisez un paillage organique pour limiter les projections de terre. Le paillage ne désinfecte pas un limbe déjà taché et ne remplace pas le ramassage. Laissez aussi une zone dégagée autour du tronc et évitez les excès d’azote, qui favorisent une végétation tendre et compacte. Le voisin qui conseille trois arrosoirs sur les feuilles à midi peut ranger son tuyau.
Taille au cordeau, cuivre sous contrôle
Geste 4 : aérez sans scalper. En période de repos végétatif, retirez les branches mortes, celles qui se croisent et les pousses qui ferment le centre de l’arbre. Conservez une taille douce, adaptée à la forme du cognassier. Une ramure moins dense sèche plus vite après la pluie. Le but est de laisser circuler l’air et la lumière, pas de transformer l’arbre en chandelier minimaliste.
Le cuivre joue les seconds rôles
Certains produits à base de cuivre peuvent être utilisables en jardinage biologique, mais leur autorisation dépend du produit, du végétal et de l’usage indiqué. L’étiquette doit préciser la maladie visée, le moment d’application, la dose, le nombre maximal de traitements et les délais à respecter. Une formulation acceptée dans un cadre biologique n’est donc pas automatiquement adaptée au cognassier.
Geste 5 : ne traitez qu’avec une autorisation précise. Les calendriers souvent cités visent la chute des feuilles, puis le printemps avant la floraison. Ce repère ne remplace ni l’étiquette ni les conditions locales. N’appliquez pas un produit non autorisé sur le cognassier ou contre l’entomosporiose. Respectez les équipements, la dose, les délais et les précautions contre la dérive. Le cuivre peut s’accumuler dans le sol lorsqu’on le répète sans mesure.
Le purin d’ortie au banc d’essai
Le purin d’ortie, la prêle ou les mycorhizes ne remplacent ni le ramassage des feuilles ni l’amélioration de la circulation de l’air. Leur présence dans une recette de jardin bio ne prouve pas une action fongicide sur l’entomosporiose. Les préparations maison posent aussi des questions de concentration, de conservation et d’application. Une vraie déception, ce mélange qui promet de régler une maladie déjà installée en deux pulvérisations.
Pas de tache sans enquête

La tavelure peut aussi provoquer des lésions brunes ou noires sur les feuilles et les fruits, mais elle donne souvent un aspect plus velouté ou olive aux taches et déforme les coings. La moniliose commence fréquemment par les fleurs ou les fruits blessés, qui brunissent, pourrissent et peuvent rester momifiés sur l’arbre. Ces maladies ne se gèrent pas exactement avec le même calendrier.
Une entomosporiose typique évolue par petites taches rondes qui fusionnent, avec jaunissement et chute prématurée du feuillage. Une feuille qui sèche sans taches caractéristiques, un dépérissement brutal d’une seule branche ou des symptômes concentrés sur l’écorce demandent un diagnostic différent. Photographiez les feuilles dessus et dessous, notez la date des premiers symptômes, les pluies précédentes et l’ampleur de la chute. Ces détails valent mieux qu’un traitement choisi à l’aveugle.
Le conseil universel prend l’eau
Les résultats d’un fongicide ne se transposent pas automatiquement d’une plante à une autre. Dans une publication parue le 1er octobre 1998 dans Plant DiseaseLange R. M., Bains P. S. et Howard R. J. ont évalué treize fongicides contre l’entomosporiose des feuilles et des fruits de l’amélanchier de Saskatoon. Les meilleurs résultats de terrain différaient selon les sites et les années. Cette étude ne constitue ni une ordonnance pour le cognassier ni une autorisation d’emploi au jardin.
Si les symptômes reviennent chaque année, cherchez d’abord la cause structurelle : feuilles non retirées, couronne trop dense, arrosage par aspersion, mur qui bloque le vent ou zone où l’humidité reste longtemps. Une rotation des cultures n’a pas de sens pour un arbre déjà planté, mais la couverture du sol, une irrigation ciblée et une biodiversité fonctionnelle autour du jardin peuvent réduire les situations favorables aux maladies sans promettre un feuillage parfait.
Notez les dates d’apparition et de chute des feuilles pour ajuster la surveillance l’année suivante. Le cognassier donne alors un calendrier plus fiable que les conseils contradictoires du voisin : pluie, taches, nettoyage, puis décision raisonnée. Et si les radis de la rédac ont encore raté leur printemps, au moins le cognassier aura été observé au bon moment.
Sources et références scientifiques
- Chen H, White JF, Malik K, Qi F, Li C.. Diplocarpon mespilicola sp. nov. Associated with Entomosporium Leaf Spot on Hawthorn in China.. Plant disease. 2022. DOI: 10.1094/pdis-01-22-0097-re · PMID: 35412337. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Lange RM, Bains PS, Howard RJ.. Efficacy of Fungicides for Control of Entomosporium Leaf and Berry Spot of Saskatoon.. Plant disease. 1998. DOI: 10.1094/pdis.1998.82.10.1137 · PMID: 30856775. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Bruno Nunez. L’entomosporiose du cognassier. 2016.
- Entomosporiose : végétaux concernés; dommages et traitement.
- Fabienne. Maladie du cognassier : Identifier et traiter les infections fongiques – Poetic Jardin. 2026.
- Linda. Cognassier malade : reconnaître les maladies et appliquer les traitements adaptés. 2026.





