Aquilegia : la fleur qui fait le spectacle au jardin,même sans tricher

Cette jolie fleur se retrouve dans de nombreux parterres. Dès qu’on la remarque, on a souvent envie de la planter tout de suite, au jardin comme dans un coin de la maison de campagne. L’aquilegia, avec sa silhouette légère et ses fleurs raffinées, apporte une vraie présence aux massifs, aux plates-bandes municipales ou à un petit jardin personnel.
on la cultive depuis des siècles. On la retrouve dans des peintures médiévales et dans les œuvres de Shakespeare. Son nom vient du latin, avec l’idée d’« eau » et de « recueillir ». Le second nom de l’aquilegia est d’ailleurs vossborum.D’autres pensent que ce nom vient du mot « aigle ». Dans tous les cas, il n’est pas difficile de la cultiver, et la plante vous dira merci si on lui offre un sol correct et un peu d’attention (rien d’extravagant, on ne va pas se mentir).
Des clochettes bien coiffées, pas du genre timides

L’aquilegia désigne des plantes au cycle de développement bisannuel. la première année,un point de renouvellement apparaît près de la base de la tige.Après la floraison, à l’arrivée de l’automne, une rosette de feuilles se forme à partir de ce point. Au printemps suivant, de nouvelles feuilles apparaissent et forment elles aussi une rosette. Ensuite, une hampe florale se développe avec ses fleurs et son feuillage de tige.
Les fleurs de cette plante ont une forme bien reconnaissable. Elles sont retombantes et légèrement pendantes. Certaines variétés possèdent des éperons creux, prolongements des pétales dans lesquels s’accumule le nectar. Pour la couleur, impossible de trancher en une seule formule : chaque variété d’aquilegia a sa propre palette, souvent composée de plusieurs teintes. On trouve du violet, du cramoisi, du blanc, mais aussi du jaune, du bleu et du rose, entre autres.
Selon les espèces, la plante peut être plus ou moins haute. Les fleurs se forment à l’extrémité de la tige. Les feuilles pétiolées sont composées de trois folioles et très décoratives. Leur teinte vert bleuté attire vraiment l’œil.
La facilité de culture de cette fleur est l’un de ses grands atouts. Quelques gestes simples, et votre massif est déjà plus vivant.
Espèces et variétés : un brin de panache dans les plates-bandes

On trouve plus de 100 espèces d’aquilegias dans la nature. Mais toutes ne sont pas cultivées pour l’ornement. En pratique, voici les formes les plus courantes au jardin :
Alpine, la compacte qui ne manque pas d’air
Elle pousse jusqu’à 30 centimètres, mais peut atteindre 80 cm dans de très bonnes conditions. Le diamètre des fleurs est d’environ 8 centimètres. Les éperons sont courbés et élancés. La couleur de cette espèce se décline dans différentes nuances de bleu. La floraison a lieu au milieu de l’été. aquilegia alpina.
Commune, la classique qui sait tenir sa place
Cette espèce est originaire d’Europe et atteint une hauteur de 40 à 80 cm.Les fleurs mesurent environ 5 centimètres. Les variétés de cette espèce peuvent être de différentes teintes, avec ou sans éperons, avec des fleurs simples ou doubles. En général, cette espèce se caractérise par des teintes bleues et violettes. Elle peut résister à des températures allant jusqu’à -35 °C.
En éventail, la petite acrobate japonaise
Cette espèce est aussi connue sous le nom d’Akita.La plante atteint une hauteur de 60 centimètres et ses fleurs ont un diamètre de 5 à 6 centimètres.Les éperons sont longs et fortement recourbés. Une tige peut porter une à cinq fleurs. Les teintes dominantes sont le bleu et le violet, avec un bord blanc plus ou moins marqué. L’auto-ensemencement favorise une bonne vigueur. Aquilegia flabellata. Aquilegia ‘Ministar’, en forme d’éventail.
Hybride, quand les croisements font le show
L’hybridation entre l’aquilegia commune et des espèces américaines a donné naissance à une grande diversité de formes. Leur hauteur varie de 50 à 100 cm. Elles peuvent avoir des éperons plus ou moins longs, ou n’en avoir aucun. Les fleurs de ces variétés atteignent environ 9 centimètres de diamètre. Elles peuvent être dressées ou très ébouriffées. Aquilegia hybride à grandes fleurs.
Canadienne, pour les coins frais et ombragés
Fleurs jaune rougeâtre avec des éperons, qui préfèrent un sol ombragé et humide. Aquilegia canadensis.
Sombre, discrète mais pas sans charme
Cette aquilegia porte des fleurs pendantes de 3 à 4 cm de diamètre, aux teintes sombres. Les éperons sont fins et élégamment recourbés. Les étamines sont allongées.Elle commence à fleurir au début de l’été. Aquilegia ‘Barlow Blue’, bleu profond.
Skinner, la cascade rouge et jaune
De belles fleurs rouge-jaune pendent de la plante. Des éperons droits sont présents.Aquilegia skinneri.
Outre ces espèces, les amateurs de fleurs s’intéressent aussi aux aquilegias glanduleuses, bleues, à petites fleurs, bicolores, sibériennes, et à bien d’autres encore.
Semis en mars : la graine qui lance la machine

Comment cultiver l’aquilegia ? On peut la semer à l’automne comme au printemps. Dans le premier cas, les graines sont placées directement en terre. Au printemps, en revanche, il est préférable de les semer en caissette. C’est une activité idéale pour le mois de mars, quand les jours s’allongent franchement.
Le plus dur n’est pas de semer, mais de patienter.
Préparer les graines sans se compliquer la vie
la préparation dépend de la qualité des graines. Si on est sûr de leur fraîcheur, il n’y a rien de particulier à faire. En revanche, les graines achetées donnent souvent des levées irrégulières.
Dans ce cas, on conseille de les stratifier. les graines doivent être placées dans un tissu humide, mais non détrempé. Du sable humide convient aussi très bien.
Il existe d’autres méthodes pour favoriser la germination des semis d’aquilegia. On peut les placer dans une boîte et les conserver pendant un mois dans un endroit frais, par exemple au réfrigérateur ou dehors. Dans le second cas, la neige recouvre le récipient. La température optimale pour la stratification se situe entre 0 et 5 °C.
Une autre solution consiste en une stratification thermique. Il s’agit d’exposer les graines à une température d’environ 35 °C avant le semis.
Il faut être particulièrement attentif avec des graines stockées depuis plusieurs années. On peut les stimuler en les lavant, en les semant en contenant, puis en les plaçant quelques jours dans une ambiance douce avant de les mettre au froid pendant un mois. Ensuite, on les remet au chaud.
Le fait de déposer les graines sur une surface dure et de les frotter légèrement avec du papier de verre peut aussi améliorer la germination.
Pour le substrat, le plus simple est de le préparer soi-même. Il suffit de mélanger à parts égales de la terre de jardin, du sable fin et des feuilles décomposées.C’est là tout le secret.
Le semis sans chichis, mais avec un peu de doigté
Pour le choix des caissettes, il faut tenir compte de leur hauteur.La racine, longue et délicate, de l’aquilegia a besoin de place dans le contenant.
On répartit simplement les graines à la surface du substrat préparé.Il n’est pas nécessaire de les enfoncer. Il suffit d’appuyer légèrement avec la main, puis de recouvrir d’une fine couche de terre.
On arrose uniquement avec un pulvérisateur pour ne pas déplacer les graines. L’aquilegia est alors prête à germer.
Jeunes pousses sous cloche : l’effet serre,sans usine à gaz
Après le semis,les caissettes sont recouvertes d’un film obvious ou d’une vitre afin de créer des conditions de serre pour les jeunes plants. pour que les fleurs se développent correctement, il faut leur offrir les conditions suivantes :
Il vaut mieux placer les plants sur le rebord d’une grande fenêtre, car la lumière doit être suffisante.
L’humidité doit rester élevée.
La température ambiante ne doit pas descendre en dessous de 15 °C.
Facts importante : la plante ne doit pas être exposée au soleil direct. Il faut en tenir compte au moment de choisir l’emplacement des semis.
Dès l’apparition des premières pousses, on retire les couvercles des caissettes. comme les jeunes plants sont fragiles, l’arrosage doit rester très doux, à l’aide d’un arrosoir à pomme fine ou d’un pulvérisateur. La température reste la même que pendant la germination.
Le repiquage a lieu lorsque les plants ont deux vraies feuilles. Si on tarde trop, les plants filent et leurs racines deviennent plus vulnérables aux blessures. Les fleurs seront alors plus faibles et plus sensibles aux maladies.
Il est préférable de repiquer l’aquilegia dans des godets de tourbe. Ainsi, les racines ne sont pas abîmées au moment de la mise en place définitive.
Aquilegia en croissance : discrète aujourd’hui, superbe demain.
Mettre en terre sans brusquer la demoiselle
Les semis sont maintenant prêts à rejoindre le massif. Mais il ne faut pas se précipiter : il est essentiel de choisir le bon moment. La période idéale se situe après les dernières gelées, quand la température extérieure ne descend plus sous les 15 °C.
Il faut aussi choisir un emplacement adapté. Même si l’aquilegia n’est pas très exigeante, elle préfère un sol léger, bien drainé et poreux. Avant la plantation, on peut enrichir la terre avec de l’humus ou du compost. Comptez environ un seau pour 1 m². La profondeur de travail ne doit pas dépasser 20 centimètres.
On peut ensuite planter. les trous sont espacés d’environ 20 à 30 cm. Chaque emplacement accueille un godet contenant une aquilegia élevée en pépinière. Si la variété est grande, on laisse jusqu’à 40 cm entre les plants.
Pour les plantes nouvellement installées, il est conseillé de les protéger du soleil direct au début, sinon elles peuvent flétrir. Après la transplantation, l’aquilegia doit être arrosée abondamment.
Attention : les différentes variétés d’aquilegia ne s’entendent pas toujours entre elles. Elles peuvent aussi perdre leurs caractéristiques par pollinisation croisée.
Boutures, division et autres bricolages de précision
Il faut aussi savoir que l’aquilegia se ressème souvent toute seule. La multiplication peut donc se faire naturellement. On peut aussi la propager par bouturage ou division de touffe. Cette méthode est généralement réservée aux variétés les plus précieuses.
La division de la touffe ne se pratique qu’en dernier recours, lorsqu’il faut absolument conserver une forme ou une variété rare. En effet, le système racinaire de l’aquilegia est profond et ses racines délicates supportent mal la transplantation et la division.
Si on doit vraiment passer par là, on choisit un pied de 3 à 5 ans, au début du printemps ou à l’automne. On le déterre avec beaucoup de précaution pour ne pas abîmer les racines fines, puis on les rince pour enlever la terre.
On coupe ensuite toutes les pousses à une hauteur de 5 à 7 centimètres et toutes les feuilles, sauf les deux ou trois premières. Puis on coupe la racine pivotante en deux, de manière à ce que chaque moitié porte deux ou trois bourgeons de renouvellement et quelques petites racines. On saupoudre la coupe de charbon de bois en poudre et on replante les éclats dans des boîtes remplies d’un mélange léger mais riche en nutriments. Il y a de fortes chances qu’ils mettent du temps à repartir.
Le bouturage de l’aquilegia est plus simple. Au printemps, avant l’ouverture des feuilles, on coupe une jeune tige « avec un talon ». On traite la base avec une poudre d’enracinement, puis on la plante sous abri, en serre ou en pleine terre sous une cloche plastique, dans un sol poreux, idéalement avec du sable de rivière et à mi-ombre.
On arrose les boutures, mais on ne retire pas le couvercle. On ne l’ouvre pour aérer qu’après dix jours. Au bout de trois à quatre semaines, les jeunes plants s’enracinent et peuvent être transplantés à leur emplacement définitif.
Été sous arrosoir : nourrir sans surdoser
En été, l’entretien de l’aquilegia repose surtout sur des apports d’engrais réguliers. Dans un premier temps,on peut utiliser des engrais minéraux. On applique 50 à 60 g de superphosphate,10 à 20 g de sel de potassium et 20 à 30 g de nitrate par mètre carré.
Une solution de fumier dilué, additionnée de superphosphate (20 g) et de sel de potassium (8 à 10 g) pour un seau d’eau, convient aussi pour nourrir ces fleurs en été. Cette quantité suffit pour 1 m².
Les plantes âgées de quatre à cinq ans ont parfois des tiges plus faibles et plus petites. Cela vient du fait que les racines superficielles remontent et peuvent se retrouver à 8 ou 9 centimètres au-dessus du sol. Mais on peut éviter ce phénomène. Il suffit d’ajouter de la tourbe et du fumier bien décomposé, mélangés à de l’humus, sous chaque pied. La hauteur du buttage est d’environ 3 à 4 centimètres. On fait cela à la fin de chaque été.
C’est le meilleur moyen de se planter : trop nourrir, trop arroser, et oublier le sol vivant.
Forcer la floraison : le petit coup de pouce d’hiver
Il n’existe qu’une seule méthode pour obtenir une floraison précoce de cette belle plante : le forçage. C’est ainsi que l’aquilegia est conduite à fleurir plus tôt.
À l’automne,ses rhizomes sont plantés dans des jardinières ou dans d’autres contenants profonds. Les plants sont ensuite conservés dans un endroit sombre jusqu’à l’installation du froid hivernal.
Pour l’hiver,les contenants sont stockés dans un endroit calme. Une cave ou une serre froide convient parfaitement.
Entre la mi-janvier et le début du mois de février, les contenants d’aquilegia sont déplacés vers un endroit plus doux. Là, ils ont besoin d’un bon éclairage. La température ne doit pas descendre en dessous de 12 à 16 °C.
Si toutes ces conditions sont respectées, on peut admirer les premières fleurs d’aquilegia dès la première semaine d’avril.
Pas de panique si l’aquilegia fleurit abondamment une année puis moins l’année suivante. La plante récupère et se renforce. On peut équilibrer ce rythme en supprimant les hampes florales fanées au bon moment.
Maladies et bestioles : le revers de la médaille
L’aquilegia, comme beaucoup d’autres plantes, peut malheureusement être touchée par plusieurs maladies et parasites. Parmi eux, on retrouve notamment le mildiou et la rouille.
En cas de pourriture grise, les parties touchées doivent être retirées puis brûlées.
Il en va de même pour les plantes atteintes de rouille. Il est aussi possible d’agir contre cette maladie.
Une solution savonneuse mélangée à du sulfate de cuivre, ainsi que des préparations à base de soufre, conviennent pour cela. Ces solutions sont pulvérisées sur les plantes.
Mais l’oïdium reste le problème le plus fréquent chez l’aquilegia. Un feutrage blanc sur les feuilles et les tiges provoque des dégâts : les tissus brunissent, s’enroulent, puis finissent par mourir. Du savon noir dilué avec du soufre colloïdal peut aider à éliminer ce problème. On peut aussi utiliser une solution de Fitosporine.
Les insectes peuvent également menacer la santé de l’aquilegia dans le massif. Elle peut être attaquée par les tétranyques, les pucerons, les nématodes et les chenilles. Contre les pucerons et les tétranyques, on peut utiliser de l’Actellic ou du Carbofos.
En revanche, les plantes infestées de nématodes sont souvent irrécupérables. Mieux vaut les brûler.L’aquilegia doit ensuite être installée ailleurs. Sur l’emplacement précédent, on peut planter de l’ail, de l’échalote ou des céréales résistantes à ce parasite.
Récolter les graines sans laisser filer le vent
Les plants d’aquilegia en fleurs peuvent être conservés pour la récolte des graines.Dans la plupart des cas, c’est à ce moment qu’on retire les tiges fanées, pour éviter qu’elles n’alourdissent la plate-bande. Mais on peut aussi laisser quelques hampes florales si on veut récupérer des semences.
Attention,l’aquilegia se ressème très facilement toute seule.
Pour éviter cela, on peut entourer les fruits de petits sachets en gaze jusqu’à la maturité des graines. En général, la récolte se fait au début du mois d’août.On prélève alors les inflorescences desséchées et on extrait avec soin les minuscules graines noires allongées. Elles mesurent environ 2,5 x 1,5 mm.
Il faut ensuite stocker les graines correctement. Conservez-les à une température basse, idéalement en dessous de 0 °C. Elles garderont ainsi leur pouvoir germinatif et lèveront très bien au printemps.
La tête du jardinier quand il découvre qu’une aquilegia peut se ressemer presque toute seule : un peu d’étonnement, un peu de victoire, et un massif déjà en route.






