L’Araucaria araucana, ou désespoir du singe, peut atteindre 10 à 12 mètres de haut et 5 à 7 mètres de large sous nos climats. Sa croissance lente et ses feuilles pointues obligent à penser l’emplacement avant le coup de bêche, pas après.
Un arbre qui ne manque pas de piquant
L’Araucaria araucana est un conifère persistant originaire des Andes du Chili et du sud de l’Argentine. Ses branches s’organisent en étages et portent des feuilles triangulaires, rigides et imbriquées. La silhouette a du caractère, mais elle laisse peu de marge autour d’une allée, d’une terrasse ou d’une aire de jeu.
Sous nos climats, l’arbre peut atteindre 10 à 12 mètres de hauteur et 5 à 7 mètres d’étalement. Sa croissance est lente, ce qui évite de devoir le contenir chaque année, mais demande de prévoir son volume adulte dès la plantation. Un jeune sujet ne se recase pas comme un pot de basilic.
Les cônes arrondis mesurent 10 à 20 centimètres de diamètre et mettent deux à trois ans à mûrir. Ils contiennent des graines comestibles, appelées piñones. L’espèce reste toutefois menacée dans son aire naturelle par l’exploitation, les incendies et la collecte excessive de graines.
Le bon coin, sinon le singe boude
En France, l’Araucaria araucana convient surtout aux régions où les hivers restent doux et les étés suffisamment humides. Le littoral Atlantique et le quart sud-ouest offrent des conditions plus favorables que les secteurs méditerranéens très secs en été. L’arbre accepte le soleil ou la mi-ombre, à condition de ne pas subir une sécheresse prolongée pendant son installation.
La plantation se fait de préférence au tout début du printemps. Les racines disposent alors de plusieurs mois pour s’installer avant les premiers froids. Un jeune arbre doit être protégé dans les secteurs exposés, car sa résistance au gel augmente avec l’enracinement. Un sujet installé peut supporter environ -15 °C, mais cette valeur ne constitue pas une garantie contre un gel long, un vent froid ou une situation défavorable.
Avec un étalement adulte de 5 à 7 mètres et un feuillage acéré, l’Araucaria doit rester à distance d’une aire de jeu, d’un passage étroit et des zones où l’on circule fréquemment.
Sol profond, racines à l’aise
Le sol doit être profond et plutôt non calcaire. L’espèce tolère certaines terres argileuses peu drainées, mais la parcelle doit tout de même permettre une installation durable du jeune plant. Avant de creuser, on observe le terrain après une pluie et on vérifie que l’emplacement ne forme pas une cuvette persistante.
La fraîcheur estivale compte davantage dans les régions sèches. Un arbre planté dans le Sud-Ouest humide n’est pas confronté au même stress qu’un jeune sujet installé sur le littoral méditerranéen. On a beau aimer les calendriers de plantation bien propres, la météo locale garde toujours le dernier mot.
Mycorhizes : le réseau sous-terrain

Les racines de l’Araucaria araucana sont associées à des champignons mycorhiziens arbusculaires. Le champignon reçoit des composés carbonés produits par la plante et forme avec elle une association qui intervient dans les échanges d’eau et d’éléments minéraux. Le sol vivant n’est donc pas un simple support de plantation.
Dans une étude publiée le 1er avril 2010 dans la Revista Argentina de MicrobiologíaDiehl et Fontenla ont observé cette association dans trois sites du parc national Lanín, en Argentine. Les chercheurs ont distingué deux types de racines, des racines fines longitudinales et des racines courtes globuleuses. Les deux présentaient une colonisation mycorhizienne arbusculaire importante.
La colonisation était plus élevée au printemps qu’en automne. Les arbuscules, structures d’échange entre le champignon et la racine, augmentaient au printemps, pendant le pic de croissance. Les vésicules étaient davantage présentes en automne. Chez cet arbre, l’activité souterraine suit donc aussi le calendrier de la croissance.
La serre ne prédit pas le jardin
Une autre étude, publiée en juin 2023 dans Plants sous le titre Contribution of Arbuscular Mycorrhizal and Endophytic Fungi to Drought Tolerance in Araucaria araucana Seedlingsa suivi de jeunes plants inoculés avec des champignons mycorhiziens arbusculaires, des champignons endophytes ou les deux. Les inocula provenaient de racines d’Araucaria araucana poussant en conditions naturelles.
Les plants ont passé cinq mois en serre, puis deux mois avec trois niveaux d’irrigation correspondant à 100 %, 75 % et 25 % de la capacité au champ. Dans la situation la plus sèche, les traitements avec mycorhizes arbusculaires seules ou combinées à des champignons endophytes ont été associés à une meilleure survie. Les écarts observés concernaient notamment la hauteur, la biomasse aérienne et la biomasse racinaire.
Les gains atteignaient 6,1 à 16,1 % pour la hauteur, 54,3 à 62,6 % pour la biomasse aérienne et 42,5 à 65,4 % pour la biomasse racinaire, selon le traitement et la variable mesurée. Ces chiffres concernent des plants élevés en serre pendant une durée définie. Ils ne permettent pas de promettre le même résultat à un arbre adulte planté dans un sol calcaire.
Chez Jardin-Bio, on se méfie donc des sachets présentés comme une solution universelle. L’étude porte sur des inocula précis, des plants jeunes et un protocole contrôlé. Le choix du climat et du sol reste le premier pari, et le singe n’a pas encore trouvé de raccourci.
Piñones : semer sans jouer les écureuils
La multiplication par graines est possible, mais elle demande du temps et des graines correctement conservées. Les piñones se trouvent dans les cônes arrivés à maturité après deux à trois ans. Leur intérêt alimentaire explique aussi pourquoi la collecte excessive pose un problème dans les populations naturelles.
L’étude publiée en décembre 2021 dans le Journal of Genetic Engineering and Biotechnologysous le titre Sustainable and efficient protocols for in vitro germination and antioxidants production from seeds of the endangered species Araucaria araucanaa obtenu 100 % de germination en conditions in vitro. Les plants ont ensuite été acclimatés à des conditions non stériles.
Ce taux ne correspond pas à celui d’un semis dans un pot ou en pleine terre. Il résulte d’un protocole de laboratoire avec un milieu de culture et des conditions contrôlées. La culture in vitro peut produire des plants sains, mais elle ne transforme pas une graine ramassée au hasard en méthode de conservation. Pour préserver l’espèce, mieux vaut éviter les prélèvements dans les populations sauvages.
Taille : couper court aux mauvaises idées
L’entretien de l’Araucaria araucana reste limité une fois l’arbre installé. Une taille de formation n’est pas nécessaire pour obtenir sa silhouette en étages. Les raccourcissements répétés et l’étêtage sont à éviter, car ils modifient une architecture qui se construit lentement.
Si une branche morte ou gênante doit être retirée, la coupe doit rester limitée et propre. Sur un arbre de plusieurs mètres, la hauteur, le poids des branches et les pointes du feuillage imposent une intervention adaptée. Une taille en hauteur ne se improvise pas depuis une échelle de jardin.
Pour un sujet proche de sa hauteur adulte, la sécurité passe avant la volonté de tout faire soi-même. À 10 ou 12 mètres, le sécateur n’est plus un outil de promenade.
Champignons amis, parasite à part
Les champignons mycorhiziens et les champignons parasites ne jouent pas le même rôle. Les premiers sont associés aux racines dans une relation d’échange. Uleiella chilensislui, est un champignon parasite associé à l’Araucaria araucana en Amérique du Sud.
Un article publié en 2016 dans PLOS ONE a étudié son histoire évolutive à partir de caractères morphologiques et de séquences d’ADN. Les auteurs ont proposé de placer cette espèce dans un ordre distinct, les Uleiellales. Cette publication traite de phylogénie et d’évolution, pas d’un traitement à appliquer sur un arbre de jardin.
Un brunissement ne suffit donc pas à poser un diagnostic. Le froid, la sécheresse, les conditions du sol ou le stress de transplantation peuvent aussi modifier l’aspect d’un jeune sujet. On observe la répartition des symptômes et leur évolution avant d’intervenir. La main verte aime les réponses immédiates, mais l’Araucaria, lui, prend son temps.
Un emplacement assez vaste, un sol profond non calcaire, une plantation au printemps et une taille limitée donnent à cet arbre les conditions de départ les plus cohérentes. Après cela, il reste à lui laisser de l’espace. Avec un Araucaria, le toit finit toujours par entrer dans la conversation.
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