Nématodes au jardin en 2026 : amis du sol, ennemis des racines?

Un nématode du sol peut mesurer entre 0,5 et 3 mm, vivre autour d’une racine et passer complètement inaperçu. Le hic, c’est que ce même mot désigne des parasites des plantes, des acteurs du recyclage et des auxiliaires capables d’attaquer certains ravageurs.

Le jardinier qui achète des « nématodes bénéfiques » sans identifier sa cible risque donc de traiter à côté. Une larve d’insecte, une limace et un nématode phytoparasite ne se traitent pas avec le même organisme, ni dans les mêmes conditions. Le sol, un organisme vivant qu’on nourrit, ne fonctionne pas avec un bouton « nuisibles off ».

Le ver est dans la terre, pas dans tous les légumes

A person adjusting the focus of a Meiji Techno microscope in a laboratory
Photo de Logan Gutierrez sur Unsplash.

Les nématodes sont des vers ronds microscopiques présents dans les sols humides. Une partie vit librement et se nourrit de bactéries, de champignons ou de débris végétaux. Ces groupes participent au réseau trophique du sol et au recyclage des nutriments, aux côtés des bactéries, des champignons, des collemboles et des vers de terre.

D’autres espèces sont phytoparasites. Elles prélèvent le contenu des cellules végétales et s’attaquent notamment aux racines. Les nématodes à galles provoquent des renflements sur les racines, tandis que les nématodes à kystes laissent dans le sol des structures contenant des œufs. Les tomates, les pommes de terre et d’autres solanacées peuvent subir ces attaques.

Le jaunissement, le flétrissement et le ralentissement de la croissance ressemblent aussi à un manque d’eau, à une carence ou à un autre problème racinaire. On a toutes et tous connu le diagnostic posé au doigt mouillé, puis la vraie déception au moment de déterrer le plant.

Racines en rade, diagnostic pas net

a person holding a potted plant with dirt inside of it
Photo de Josue Michel sur Unsplash.

Dans les faits, une plante qui dépérit par plaques ou reste chétive malgré un arrosage correct mérite une inspection des racines. Des galles, des racines peu développées ou des déformations orientent vers un problème phytoparasitaire, sans toutefois permettre d’identifier l’espèce à l’œil nu.

Un diagnostic visuel ne suffit donc pas pour choisir un traitement biologique. La rotation des cultures doit tenir compte des familles botaniques et des plantes hôtes. Remettre chaque année des tomates ou des pommes de terre au même endroit entretient les populations qui apprécient ces racines. Une culture de couverture non hôte peut réduire la ressource disponible, à condition d’être choisie en fonction du nématode présent.

Le compost mûr, les résidus végétaux bien décomposés et une irrigation régulière améliorent les conditions générales de croissance. Ils ne font pas disparaître un foyer de nématodes phytoparasites. Nourrir le sol aide la plante à encaisser, mais ne remplace pas l’identification du problème.

Les œillets d’Inde, souvent présentés comme des plantes nématicides, peuvent entrer dans une stratégie préventive. Leur effet dépend toutefois des espèces, des variétés, de la durée de culture et du nématode ciblé. Les semer au hasard entre deux tomates en espérant une muraille anti-vers, c’est un peu léger comme plan de bataille.

Auxiliaires, mode attaque sans panique

hands planting seedlings in garden soil
Photo de Sandie Clarke sur Unsplash.

Les nématodes entomopathogènes appartiennent à une autre catégorie. Des genres comme Steinernema et Heterorhabditis infectent certains insectes, notamment pendant leurs stades larvaires dans le sol. Ils pénètrent dans l’hôte et libèrent des bactéries symbiotiques qui provoquent sa mort en quelques jours. Le nématode se développe ensuite dans le cadavre avant de rechercher une nouvelle proie.

Cette lutte biologique vise des ravageurs précis, mais elle ne se déduit pas du simple mot « nématodes » inscrit sur un emballage. Il faut connaître le ravageur, vérifier son stade et choisir l’espèce prévue pour cet usage. Une formulation destinée aux larves de coléoptères n’a pas le même emploi qu’une formulation destinée aux limaces.

Pour les limaces, certains Phasmarhabditis sont utilisés dans des produits spécifiques. Cette piste peut compléter les abris-pièges, la protection des jeunes plants et la réduction des zones constamment humides autour des cultures. Là encore, l’auxiliaire ne remplace pas l’observation : les limaces increvables ont parfois simplement changé de cachette.

Le mode d’emploi se joue sous la surface

Les nématodes entomopathogènes sont sensibles aux conditions d’application. Le sol doit rester suffisamment humide après l’apport afin qu’ils puissent se déplacer, et une application à l’abri du rayonnement direct limite leur exposition aux conditions défavorables. L’étiquette du produit indique la dose, le volume d’eau, la température acceptable et la durée de maintien de l’humidité.

Dans l’expérience de Pérez et Lewis publiée dans Plant Disease en 2006 sur le buis anglais, Steinernema riobrave et S. feltiae ont été appliqués à 2,5 milliards de juvéniles infectieux par hectare, soit 250 000 par mètre carré. Cette valeur décrit un protocole expérimental mené sur deux saisons, pas une recette à transposer dans un arrosoir de balcon.

Le laboratoire fait le malin, le terrain tranche

A laboratory workbench with a microscope and analytical equipment in a bright room
Photo de Trnava University sur Unsplash.

Une étude publiée en 2014 dans le Journal of Experimental Botany a testé des exsudats de coiffe racinaire de pois sur quatre espèces commerciales de nématodes entomopathogènes. À forte concentration, ces exsudats ont induit une quiescence réversible. À plus faible concentration, ils ont augmenté l’activité et le pouvoir infectieux des nématodes entomopathogènes, tout en réduisant l’activité de deux nématodes phytoparasites.

Le résultat éclaire une relation fine entre racines et microfaune : une plante modifie aussi les interactions autour de ses racines. Mais l’expérience portait sur des exsudats de pois préparés et testés dans des conditions contrôlées. Elle ne permet pas de conseiller un extrait de racines de pois au potager. On a déjà assez de bocaux bizarres dans la remise.

La question de l’efficacité contre les nématodes phytoparasites reste délicate. Un article publié en 2009 dans le Journal of Nematology a regroupé dix expériences conduites pendant une décennie sur des gazons en Floride. Les nématodes entomopathogènes ont parfois été associés à une baisse de certaines populations, parfois à une hausse, mais la majorité des essais n’a montré aucun effet. Dans ce contexte précis, les auteurs ne les ont pas considérés comme une alternative acceptable au fenamiphos.

Le cadre compte énormément : gazon irrigué, climat de Floride, espèces présentes, doses et calendrier ne correspondent pas à une planche de tomates en Bretagne, en Alsace ou dans le Gard. Une réussite mesurée dans une parcelle ne devient pas une promesse universelle par simple changement d’étiquette.

Une revue systématique publiée le 13 juillet 2026 dans Frontiers in Plant Science a étudié les composés produits par les bactéries symbiotiques Photorhabdus et Xenorhabduset non l’épandage de nématodes. Elle a retenu 27 études pour l’analyse qualitative et 12 pour la méta-analyse. L’effet de suppression était significatif in vitro, alors que les résultats in vivo avaient des intervalles de confiance recouvrant zéro.

Cette distinction entre boîte de laboratoire et sol vivant mérite d’être gardée sous le coude. Un composé peut toucher un nématode dans une suspension contrôlée, puis se diluer, se fixer à la matière organique ou être dégradé dans une parcelle. La nature reprend ses droits, parfois avec une efficacité qui ressemble surtout à un contretemps.

Bio oui, bingo non

bokeh photography of person carrying soil
Photo de Gabriel Jimenez sur Unsplash.

Dans un jardin conduit selon les principes de l’agriculture biologique, la priorité reste la prévention : rotation des cultures, plants en bonne santé, sol couvert, compost mûr, suppression des végétaux très atteints et limitation des déplacements de terre d’une planche à l’autre. Ces pratiques réduisent les occasions de propagation et évitent d’ajouter un produit à chaque symptôme.

Le label AB ou la mention d’une compatibilité avec l’agriculture biologique ne transforme pas une promesse commerciale en autorisation générale. Pour un produit à base de nématodes, il faut vérifier l’usage prévu, la culture concernée, la cible, la formulation et les conditions d’emploi indiquées sur l’étiquette. Une solution naturelle peut être inadaptée à la cible ou inutilisable dans les conditions de la parcelle.

Le sol vivant mérite aussi une lecture moins binaire. Les nématodes libres participent aux flux de matière et peuvent renseigner les chercheurs sur les perturbations du sol selon la proportion de groupes bactérivores, fongivores, prédateurs et omnivores. En revanche, leur présence ne se mesure pas avec une poignée de terre et un regard concentré façon sorcier du compost.

Le bon plan passe par les racines

Freshly harvested potatoes with roots and soil in the garden
Photo de Iryna Mokhonko-Nosach sur Unsplash.

Face à une plante faible, on commence par comparer les zones atteintes, observer l’humidité, inspecter les racines et noter les cultures précédentes. Si plusieurs plants d’une même famille déclinent au même endroit, un diagnostic spécialisé peut éviter deux saisons de tâtonnements. La rotation se construit ensuite avec des plantes non hôtes, pas avec une succession choisie au petit bonheur.

Face à une larve ou à une limace, l’achat d’un nématode entomopathogène peut se justifier si la cible figure clairement sur l’étiquette et si le calendrier permet de maintenir le sol humide. Face à une suspicion de nématode phytoparasite, l’introduction d’un auxiliaire destiné aux insectes n’est pas la réponse logique. On revient au sol, à la rotation, aux plantes hôtes et au diagnostic.

Les nématodes ne sont donc ni les monstres cachés sous chaque tomate ni les petits soldats miracles vendus à la louche. Ils forment une communauté spécialisée, où le bon organisme peut aider dans une situation précise et rester sans effet dans la suivante. Et pendant qu’on affine le diagnostic, le voisin aura probablement déjà proposé trois purins, deux variétés résistantes et une solution à base de marc de café.

Sources et références scientifiques
  1. The dual effects of root-cap exudates on nematodes: from quiescence in plant-parasitic nematodes to frenzy in entomopathogenic nematodes – PMC. Journal of experimental botany. DOI: 10.1093/jxb/eru345 · PMID: 25165149.
  2. Ali JG, Alborn HT, Campos-Herrera R, Kaplan F, Duncan LW, Rodriguez-Saona C, Koppenhöfer AM, Stelinski LL. 2012. Subterranean, herbivore-induced plant volatile increases biological control activity of multiple beneficial nematode species in distinct habitats. PLoS One 7, e38146. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar].
  3. Ali JG, Alborn HT, Stelinski LL. 2010. Subterranean herbivore-induced volatiles released by citrus roots upon feeding by Diaprepes abbreviatus recruit entomopathogenic nematodes. Journal of Chemical Ecology 36, 361-368. [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
  4. Barber DA, Martin JK. 1976. The release of organic substances by cereal roots into soil. New Phytologist 76, 60-80. [Google Scholar].
  5. Casas J, Pincebourde S, Mandon N, Vannier F, Poujol R, Giron D. 2005. Lifetime nutrient dynamics reveal simultaneous capital and income breeding in a parasitoid. Ecology 86, 545-554. [Google Scholar].
  6. Curl EA, Truelove B. 1986. The rhizosphere. In: Trolldenier G, ed. Advanced series in agricultural sciences. Berlin: Springer-Verlag, 124-125. [Google Scholar].
  7. Curtis RHC, Robinson AF, Perry RN. 2009. Hatch and host location. In: Perry R, Moens M, Starr J, eds. Root-knot nematodes. Wallingford, UK: CABI Publishing, 139-162. [Google Scholar].
  8. Degenhardt J, Hiltpold I, Köllner TG, Frey M, Gierl A, Gershenzon J, Hibbard BE, Ellersieck MR, Turlings TCJ. 2009. Restoring a maize root signal that attracts insect-killing nematodes to control a major pest. Proceedings of the National Academy of Sciences, USA 106, 13213-13218. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar].
  9. Denis D, Van Baaren J, Pierre JS, Wajnberg E. 2013. Evolution of a physiological trade-off in a parasitoid wasp: How best to manage lipid reserves in a warming environment. Entomologia Experimentalis et Applicata 148, 27-38. [Google Scholar].
  10. Dennijs L, Lock CAM. 1992. Differential hatching of the patato cyst nematodes Gobodera rostochiensis and Globodera pallida in root diffusates and water of differing ionic composition. Netherlands Journal of Plant Pathology 98, 117-128. [Google Scholar].
  11. Dillman AR, Chaston JM, Adams BJ, Ciche TA, Goodrich-Blair H, Stock SP, Sternberg PW. 2012. An entomopathogenic nematode by any other name. PLoS Pathogens 8, e1002527. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar].
  12. Dudareva N, Klempien A, Muhlemann JK, Kaplan I. 2013. Biosynthesis, function and metabolic engineering of plant volatile organic compounds. New Phytologist 198, 16-32. [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
  13. Ehlers RU. 2001. Mass production of entomopathogenic nematodes for plant protection. Applied Microbiology and Biotechnology 56, 623-633. [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
  14. Entomopathogenic Nematodes Are Not an Alternative to Fenamiphos for Management of Plant-Parasitic Nematodes on Golf Courses in Florida – PMC. Journal of nematology. PMID: 19259430.
  15. Anonymous. Fenamiphos: Notice of receipt of request to voluntarily cancel all product registrations. Federal Register. 2002;67:61098-61099. [Google Scholar].
  16. Bird AF, Bird J. Observations on the use of insect-parasitic nematodes as a means of biological control of root-knot nematodes. International Journal of Parasitology. 1986;15:511-516. [Google Scholar].
  17. Busey P. Cultural management of weeds in turfgrass: A review. Crop Science. 2003;43:1899-1911. [Google Scholar].
  18. Crow WT. How bad are nematode problems on Florida's golf courses? Florida Turf Digest. 2005;22:10-12. [Google Scholar].
  19. Crow WT, Giblin-Davis RM, Lickfeldt DW. Slit injection of 1,3-dichloropropene for management of Belonolaimus lon-gicaudatus on established bermudagrass. Journal of Nematology. 2003;35:302-305. [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar].
  20. Crow WT, Lickfeldt DW, Unruh JB. Management of sting nematode (Belonolaimus longicaudatus) on bermudagrass putting greens with 1,3-dichloropropene. International Turfgrass Society Research Journal. 2005;10:734-741. [Google Scholar].
  21. Grewal PS, Martin WR, Miller RW, Lewis EE. Suppression of plant-parasitic nematode populations in turfgrass by application of entomopathogenic nematodes. Biocontrol Science and Technology. 1997;7:393-399. [Google Scholar].
  22. Jenkins WR. A rapid centrifugal-flotation technique for separating nematodes from soil. Plant Disease Reporter. 1964;48:692. [Google Scholar].
  23. Luc JE, Crow WT. Sting nematode: Not a steward of the environment. Golf Course Management. 2004;72:86-88. [Google Scholar].
  24. Ott RL. An introduction to statistical methods and data analysis. Belmont, CA: Wadsworth Publishing; 1993. [Google Scholar].
  25. Opperman CH, Chang S. Effects of aldicarb and fenamiphos on acetycholinesterase and motility of Caenorhabditis elegans. Journal of Nematology. 1991;23:20-27. [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar].
  26. Ou LT, Thomas JE, Dickson DW. Degradation of fenamiphos in soil with a history of continuous fenamiphos applications. Soil Science Society of America Journal. 1994;58:1139-1147. [Google Scholar].
  27. Pérez EE, Lewis EE.. Use of Entomopathogenic Nematodes and Thyme Oil to Suppress Plant-Parasitic Nematodes on English Boxwood.. Plant disease. 2006. DOI: 10.1094/pd-90-0471 · PMID: 30786596. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
  28. Vicente-Díez I, Zamorano A, Perazzolli M, Castaneda-Alvarez C.. Nematicidal effects of Photorhabdus- and Xenorhabdus-derived compounds against plant-parasitic nematodes: a systematic review and meta-analysis.. Frontiers in plant science. 2026. DOI: 10.3389/fpls.2026.1891050 · PMID: 42516596. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
  29. Bruno Nunez. Les nématodes : amis ou ennemis de nos jardins?. 2024.
  30. Rose & Pierre. Nematoda roundworms : parasites ou alliés du sol? Ce que révèlent les recherches. 2025.
  31. Nématodes. 2026.
  32. nemaBiodiversity Team. Les nématodes en agriculture, amis ou ennemis?. 2023.
ERIC
ERIC
Eric est jardinier passionné depuis 22 ans. Il partage régulièrement ses conseils et astuces de jardinage sur son blog "Jardin-Bio", pour aider les débutants comme les jardiniers confirmés à entretenir et faire évoluer leur jardin.

Read More

Related Articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici